[Blague à part] Produit et distribué par A24, The Death of Dick Long est le second long-métrage du réalisateur américain Daniel Scheinert. En compagnie de Daniel Kwan (avec qui il forme le duo «Daniels»), il avait réussi à surprendre le public du festival de Sundance en 2016 avec Swiss Army Man, qui racontait l’histoire d’un homme perdu dans la nature (Paul Dano) «utilisant» un cadavre (Daniel Radcliffe) pour se sauver la vie. Audacieux tour de force pour les uns, objet «high concept» inabouti et survendu pour les autres, le film a dans tous les cas fait un excellent parcours dans les festivals du monde entier, raflant plusieurs récompenses d’envergure, comme le prix de la mise au scène à Sundance ou le Grand Prix au festival international du film de Catalogne. Trois ans plus tard, seul Scheinert revient derrière la caméra, avec là encore un «high concept» extrêmement vendeur, reposant sur un twist «radical» que l’on crèverait d’envie de révéler après avoir vu le film. L’histoire est simple: un homme (le «Dick Long» du titre, notez la possible blague) meurt aux urgences après avoir été déposé en catastrophe par ses amis, Zeke et Earle. Ceux-ci veulent à tout prix éviter que les conditions de sa mort ne soient révélées au grand jour, même si le fait d’habiter dans une petite ville d’Alabama, où tout se sait en un rien de temps, n’arrange pas leur affaire. La grande question est donc la suivante: comment est mort Dick Long?

Le film se divise clairement en deux parties inégales, la grande révélation arrivant seulement après cinquante premières minutes pour le coup relativement enthousiasmantes. En mélangeant assez adroitement le thriller à la comédie absurde, The Death of Dick Long arrive tout d’abord à entretenir un suspens autour de la nature de son propre twist. Meurtre ou accident, horreur tragique ou cocasserie ridicule, tous les doutes sont permis au vu de nos «héros», deux abrutis finis incapables de faire une phrase correcte, qui noient leurs angoisses dans la vapoteuse et le «Classic Rock» des années 2000. On sent ici et là le post-modernisme de petit malin, le film allant même jusqu’à citer explicitement Pulp Fiction, mais Scheinert fait preuve d’un indéniable talent de metteur en scène, ménageant une tension constante jusqu’à la grande révélation, et cela quelle que soit la tonalité prise par le film. Soulignons également le jolie travail d’Ashley Connor à la photographie, qui arrive à créer un contraste assez passionnant entre une forme presque «noble» (usage de la pellicule, références aux thrillers des Coen, voire, toute proportion gardée, aux bourgades rurales de Lynch) et un fond pour le moins trivial…

The Death of Dick Long fonctionne donc plutôt bien lorsqu’il concentre ses efforts sur l’entretien de son propre suspens. Mais quand la révélation survient, hormis une réaction de circonstance très succincte (il faut quand même le voir pour le croire), le film frôle malheureusement le pétard mouillé. Sans divulgâcher quoi que ce soit, soulignons que le réalisateur n’arrive pas vraiment à incarner cinématographiquement ce moment crucial, se contentant d’un simple montage alterné entre deux dialogues quelque peu inconsistants. Se pose ensuite la question de l’intérêt de cette révélation par rapport aux personnages, et plus globalement par rapport à la dramaturgie du film. Là encore, l’idée ne dépasse pas la simple blague, ne réinventant en rien les deux personnages concernés, et faisant prendre au film un tournant presque ennuyeux, comme s’il ne savait plus trop quoi raconter. C’est dommage, car plusieurs personnage secondaires (notamment le duo de policières), auraient mérité un traitement un peu plus conséquent, permettant ainsi de contrebalancer la stupidité de Zeke et Earle, dont nous avons globalement compris tous les us et aboutissants dès la première heure. Victime de son «high concept», le film de Daniel Scheinert ne tient pas son pari sur la longueur, et ne dépasse pas son statut de «curiosité de festival» largement oubliable.

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