Qui a envie d’une comĂ©die fantastique dopĂ©e Ă  l’esprit bĂ©dĂ© et au bon mauvais goĂ»t de John Waters? Vous, Ă©videmment. C’est culte, c’est chaos, c’est culte-chaos.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Dans le cinĂ©ma chaos, on ne lâche jamais ses rĂŞves, mĂŞme les plus improbables. Comme celui d’Adam Rifkin qui, Ă  peine sorti de l’adolescence, planche sur un script surrĂ©aliste et invendable. Quelques annĂ©es et quelques films plus tard, il trouve en Brad Wyman un producteur assez toquĂ© pour se lancer: le bonhomme avait chouchoutĂ© Ă  l’époque des titres comme le très barrĂ© White of the Eye (dernier film du tourmentĂ© Donald Cammell), Delirium (thriller foufou avec Malcom McDowell) ou Skinner (avec Ted Raimi en Ă©corcheur de prostituĂ©es), Rifkin lui, venait de tourner The Invisible Maniac dont le titre rĂ©sume suffisamment les intentions (un psychopathe invisible qui touche des culs of course). La belle entente. En rĂ©sultera The Dark Backward (balancĂ© en dtv chez nous sous l’affreux titre de Ă€ plein tubes: Ă  croire que personne n’avait vu le film au service de traduction), une farce qui rĂ©unira pourtant assez de tĂŞtes connues pour ne pas passer totalement inaperçue, et dont le statut culte reste toutefois Ă  dĂ©battre.

On peut le dire dĂ©cemment: on ne voit pas un machin pareil tous les jours. DĂ©busquĂ© pour son son rĂ´le de loubard dans The Breakfast Club, Judd Nelson enfile costard fluo trop grand et lunettes en cul de bouteilles pour un rĂ´le d’essuie-pieds kafkaĂŻen tout Ă  fait Ă  l’opposĂ© de l’attirail de John Bender. Dans un dĂ©potoir Ă  ciel ouvert, il incarne le timide Marty Malt, un Ă©boueur se lançant dans le stand-up comique malgrĂ© son Ă©vidente absence de talent. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, une petite amie serveuse (Lara Flynn Boyle, Ă©teinte, le cheveux gras) et un meilleur ami envahissant, campĂ© par un Bill Paxton dĂ©chaĂ®nĂ© en accordĂ©oniste nĂ©crophile obsĂ©dĂ© sexuel, se vautrant dans des orgies gourmandes quand il ne bouffe pas tout ce qui passe Ă  sa portĂ©e. Mais un jour, Marty voit un bubon lui pousser dans le dos et s’agrandir jusqu’à devenir… un bras! D’abord chassĂ© par son entourage, il va, avec son pote volontiers opportuniste, profiter de cette mutation pour se faire voir.

Dépourvu de repères temporels ou géographiques, le monde de The Dark Backward ferait passer le futur de Brazil pour une ballade de santé: tout n’est que immondices, murs suintants, nourriture avariée, éclairages blafards… Tout est sale, grimaçant, méchant, obscène, du plus simple figurant à la moindre parcelle de décor. La grande force de cette série b à 700 000 $ est de croire et de nous faire croire de la première à la dernière image à cet univers décati et étouffant. Tout cela se conclura bien évidemment sur une morale compensatoire, le film s’ouvrant et se fermant en bonne fable qu’il est sur un livre de conte outrageusement peint: dépouillé de tout et de tous, le héros comprendra derrière quelques éclats de rires, qu’il faut puiser dans sa souffrance et son vécu pour cultiver son art. Ce serait tout à fait benêt si tout ce qui l’avait précédé n’était pas aussi répulsif et dingo, comme si les délires de Richard Elfman s’étaient cassés la gueule dans un jus Bukowskien épais et dégoulinant.

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