“The Changeling (L’Enfant du Diable)” de Peter Medak dans la collection “Make my day!” chez StudioCanal

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Un compositeur dont la femme et la petite fille viennent de mourir dans un accident s’installe dans une maison isolée ou quelqu’un ou quelque chose cherche a entrer en contact avec lui. Promesses inquiétantes de The Changeling (L’Enfant du Diable) de Peter Medak, film fantastique beau et méconnu exhumé dans la collection Make My Day!

Par chance, à l’aune de La sentinelle des maudits (Michael Winner, 1977), L’enfant du diable est si peu connu qu’aucun producteur actuel n’a pensé à y toucher pour en faire un remake à la con. Plus le temps passe, plus sa découverte devient précieuse. John (George C. Scott, vu dans Patton) perd subitement sa famille dans un tragique accident. Pour conjurer sa peine, le compositeur accepte un poste d’enseignant en musicologie à l’université de Seattle. Grâce à l’aide de Claire (Trish Van Devere), employée à la Société Historique, il loue une vieille et vaste maison, inhabitée depuis 12 ans, pour travailler ses gammes. Mais lorsque, chaque matin, John entend des sons étranges, lorsque son piano émet des notes sans qu’on l’eût touché, et que d’étranges visions hantent son quotidien, la quiétude qu’il était venu chercher se transforme en cauchemar. Surtout lorsqu’une médium lui annonce qu’il n’est pas seul à vivre dans cette maison…

Gros carton au box-office américain en son temps, assez snobé dans l’Hexagone, L’enfant du diable (aka The Changeling) passe auprès de ceux qui le connaissent pour un simple succédané de Amityville (Stuart Rosenberg, 1979); et pis, c’est tout. Mais un visionnage récent vient décrédibiliser cette idée selon laquelle ce film de maison hantée du début des années 80 ne serait qu’un banal et oubliable maelström. Pas si vite, donc. Non seulement le scénario de Russel Hunter, qui évoque autant Edgar Allan Poe que Richard Matheson dans sa volonté de faire le lien entre la peur gothique et moderne, s’avère plus substantiel que la moyenne mais surtout son efficacité visuelle demeure, aussi bien dans la mise en scène inventive de Peter Medak que dans le montage malin de Lilla Pedersen. Son efficacité sonore, aussi (les bruitages, la musique, les voix). En somme, pas la peine d’en faire trop pour faire peur ou marquer les esprits.

Tout d’abord, it’s based on a true story. Le personnage principal s’appelle Russell comme Russell Hunter, un vrai compositeur qui travaillait dans les années 60 pour CBS-TV à New York et qui aurait fait des expériences paranormales dans sa maison de Denver, louée pour se reposer et travailler sa musique. Ce qu’il y décrit est assurément fake, mais scary. Dans le film, passé une introduction aussi brève que forte (un ralenti, un effondrement), épatante de concision et d’intensité, le protagoniste se lance dans une enquête de l’occulte. Cela va lui permettre de découvrir le secret trop lourd de cette demeure (révélé à mi-parcours) en même temps qu’elle produit une vertu thérapeutique, l’aidant à surmonter une douleur insupportable. C’est une terreur au quotidien qui est montrée et les visions du héros racontent une histoire qu’il doit décoder pas à pas. Les problèmes du héros sont au début très concrets, ce qui rend sa brusque plongée dans le surnaturel encore plus déstabilisante.

La trame du deuil impossible et du fantôme monstre de culpabilité hantant le lieu est on ne peut plus classique. Pour ne citer qu’eux, les excellents Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg et Le Cercle Infernal de Richard Loncraine, ont déjà fait des miracles sur ce registre, fonctionnant sur la même horreur suggestive post-La maison du diable (Robert Wise, 1963), multipliant les plongées écrasantes, jouant du hors-champ et d’une présence à la périphérie du cadre, avant l’ultime révélation explicite et horrifiante. Il y a là une manière soignée de parfaire un climat d’inquiétude, de prendre son temps sans en mettre plein la vue, de développer une piste intéressante où le lien entre le monde tangible et le monde invisible se traduit par une communication possible entre l’art et l’au-delà, la musique et le fantôme. Cette économie d’effets s’exprime parfois à la limite de la sécheresse. Si le climax vient éclaircir toutes les zones d’ombre et toutes les interrogations laissées en suspens, on se passe d’épilogue post-traumatique. C’est fini parce que tout a été résolu cette nuit-là. Autrement, la demeure dans laquelle John le pianiste tente de vivre s’avère immense et les mouvements de caméra rendent compte de son immense solitude nue. Elles suggèrent en même temps que ce vide est à combler et que la progression vers les limbes s’annonce inéluctable.

C’est la recette – et la réussite – d’un bon film de genre: l’alliance idéale du fond et de la forme. Et le choix, apparemment discutable si l’on en croit les plus informés, du canadien Peter Medak aux commandes se révèle bon – deux réalisateurs britanniques furent envisagés avant lui dont le très free Tony Richardson (Mademoiselle) qui déclina la proposition pour cause de divergences artistiques. Le compositeur Rick Wilkins rend une partition adéquate pour une bonne ghost story qui se respecte, répétant une élégante ritournelle piano-violon pour suggérer la tristesse tout en se montrant au diapason du grand frisson. Même si le thème principal n’est pas aussi fort que celui composé par Colin Towns pour Le Cercle Infernal. Niveau casting, le bourru George C. Scott se révèle aussi solide que Gregory Peck dans La Malédiction, trainant avec lui un passé, un vécu, une épaisseur émotionnelle faisant que l’on croit à ce qui l’anime. Ainsi, lorsqu’il est confronté à des événements qui le dépassent et le rendent vulnérable, on y croit. Aussi, voir une brute comme George C. Scott pleurer au réveil parce qu’il sort d’un cauchemar ressassant l’accident de sa femme et de sa fille s’avère émouvant. En même temps qu’il n’a plus peur tout simplement parce qu’il a tout perdu et donc plus rien à perdre. Autour de lui, tout ce qui doit être angoissant dans une ghost story l’est (le ploc ploc du robinet inexplicablement ouvert, la balle qui rebondit, les portes qui s’ouvrent, les miroirs qui se brisent, l’existence d’une pièce cachée, les voix chuchotantes, les présences fantomatiques, les escaliers flippants etc.) et les autres comédiens qui accompagnent sa quête sont premium (Trish Van Devere, femme de George C. Scott dans la vraie vie, dans le rôle de celle qui, dans la fiction, l’aide à se relever ou encore Melvyn Douglas dans un rôle dur).

Contenu et Bonus du n°42 de la collection Make My Day! signée Jean-Baptiste Thoret
Boîtier Digipack + fourreau
Contient :
– le Blu-ray du film (107′)
– le DVD du film (103′)
Préface 

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