Un film d’exploitation inattendu et cruel, brĂ»lant comme l’enfer. Le seul long mĂ©trage rĂ©alisĂ© pour le grand Ă©cran par Guerdon Trueblood, jusqu’alors scĂ©nariste pour la tĂ©lĂ©vision.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Rapt, viol, meurtre, vengeance: qui croyait que le cycle mortel imposé par La dernière maison sur la gauche de Wes Craven serait aussi décisif et influençable pour le cinéma d’exploitation américain? The Candy Snatchers, réalisé l’année suivante, a tous les atours de la lasthouseonthelefterie. On y retrouve une fois de plus un groupe mixte capable du pire et une victime saucissonnée vouée à un destin funeste, les affiches de l’époque allant jusqu’à reprendre une image très semblable à l’un des photogrammes les plus célèbres du film de Craven (la troupe de psychopathes en contre-plongée, le cran d’arrêt alerte).

L’ironie, c’est que The Candy Snatchers a finalement peu de points communs avec le film du rĂ©alisateur de La Colline a des yeux, vendu et assumĂ© comme un shocker crasseux de drive-in, lĂ  oĂą le long-mĂ©trage de Gordon Trueblood – dont ce sera un one-shot – est nettement plus inclassable, et surtout beaucoup plus soignĂ© que son camarade de classe agitĂ©, et ceci Ă  tous points de vue (belle photo, rĂ©alisation nerveuse, comĂ©diens venus de la tĂ©lĂ© mais tous au diapason). Mais stoppons-lĂ  la comparaison, voulue ou pas par la promo du film, qui nous induit finalement en erreur. Très loin du Connecticut et de la rĂ©gion New-Yorkaise, The Candy Snatchers nous propulse sous le soleil dorĂ© de Californie, lĂ  oĂą l’on s’arrĂŞte de fantasmer le rĂŞve amĂ©ricain pour enfin le vivre. C’est en tout cas le but fixĂ© par un trio de chocs en la personne de Eddy, Jessie et son frère Alan, tous trois en route pour un plan d’enfer. Sur leur van, une plaque annonce le ton: «Money is the roots of all happiness», beau message plein d’espoir scandĂ© dès le gĂ©nĂ©rique de dĂ©but avec sa folk 70’s que vient stopper plusieurs fois le montage. Les malfaiteurs enlèvent ainsi Candy, une lycĂ©enne pure et innocente dont le papa tient une boutique de bijouterie dans le coin. Dissimulant la jeune fille dans une cache sophistiquĂ©e revenant littĂ©ralement Ă  l’enterrer vivante (les claustro vont adorer), les kidnappeurs attendent alors gentiment leur oseille selon un schĂ©ma fignolĂ© au millimètre…peut-ĂŞtre mĂŞme trop. Car qui aurait cru qu’un gosse trouve la jeune fille? Qui aurait cru que le papa chĂ©ri soit si choquĂ© de la situation qu’il prĂ©fère se dĂ©biner? Qui aurait pensĂ© qu’il fallait peut-ĂŞtre descendre la petite Candy si le plan Ă©chouait? Bref, rien ne se dĂ©roule comme prĂ©vu, Ă  l’inverse des rape & revenge de famille suivant une mĂ©canique beaucoup plus linĂ©aire.

Pas horrifique pour un sou, The Candy Snatchers n’en reste pas moins d’une cruautĂ© suffocante, avec une ribambelle de personnages motivĂ©s par le rĂŞve, l’ailleurs, et le doux son du capitalisme s’ébruitant dans les mains. Le brave Avery, le nounours du groupe protĂ©geant tant et si bien Candy, menacĂ©e autant de torture que de viol par le barjot queutard revenu du Viet-Nam, n’hĂ©site pas par exemple Ă  violer sa comparse Jessie. Pas de repères, zĂ©ro confiance, que des emmerdes au kilomètres: The Candy Snatchers supplante beaucoup de productions de l’époque par sa malice, sa maĂ®trise du suspens et ses surprises permanentes… mais aussi son humour très noir: le seul sauveur potentiel est un gosse muet battu par sa mère, on assiste Ă  une rĂ©union oĂą ça cause coupage d’oreille et on plante une bourgeoise froufrou sur son lit d’extase… Quand l’or se barre, tout se finira, tel un western crĂ©pusculaire, sur les collines pourpres de L.A. Et en guise de cerise sur le gâteau, la conclusion la plus surrĂ©aliste, la plus atroce imaginable. Ça grince sec dans la citĂ© des anges.

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