Dans la baie du Maryland, une bactérie non identifiée contamine le lac et ceux qui s’en approchent. L’horreur instantanée par un réalisateur connu pour ses films américains classiques qui faisait une incursion (trompeuse) dans le found footage pour le producteur de Paranormal Activity.

Que s’est-il donc passé dans la baie de Chesapeake, sur la côte Est des Etats-Unis? Une rescapée promet au spectateur un drame sans précédent, et des documents vidéo laissent présager une catastrophe écolo-horrifique. Dans une petite station balnéaire, des gens courent en tous sens, d’abord recouverts d’un eczéma purulent, pour finir littéralement en lambeaux, bouffés de l’intérieur par de vilaines bestioles. Alors que des films comme Le projet Blair Witch, Paranormal Activity, [REC] ou de Cloverfield, suscitent l’engouement ou la curiosité, le réalisateur Barry Levinson reprend le concept en vogue du found-footage dans le cadre d’une pure expérimentation formelle et à des fins militantes.

Nanti de moyens économiques rudimentaires propre à la série B horrifique avec ce qu’il faut d’éléments probants (rushs de journaliste, caméras de surveillance, caméscopes de particuliers…), Levinson a voulu, selon ses mots, “reproduire le langage visuel propre aux vidéos amateurs et rendre le film hyper réaliste”. Entre deux suites de Paranormal Activity, le résultat pouvait certes sembler petit. Mais il a, selon nous, le grand mérite de poser quelques questions dans l’air du temps, comme le très réflexif et très déceptif Diary of the dead, de George A. Romero, auquel on pense beaucoup. Comme toujours avec ce genre de greffe, il faut voir au-delà des images: Levinson s’appuie sur une authentique situation de crise dans laquelle se trouve la baie de Chesapeake, importante zone de pêche polluée par les déchets d’usines. Et le réal, au lieu d’en faire une thèse, préfère secouer les consciences avec le genre, donc le gore.

Ainsi, s’il n’évite pas la démonstration (ni les acteurs mauvais), ce n’est pas forcément moins efficace; certains éléments de la fiction étant inspirés de faits réels. Pour imaginer la bactérie qui s’attaque aux humains dans The Bay, Levinson et son scénariste Michael Wallach se sont inspirés de l’isopode “mangeur de langue”. Il s’agit d’un parasite qui pénètre à l’intérieur de la bouche des poissons pour les dévorer petit à petit. Le réalisateur a ainsi pensé que les spectateurs seraient d’autant plus effrayés en sachant que les créatures monstrueuses de son film existent sous une certaine forme. Las, aussi bien le maire Stockman – qui est un ancien vendeur d’aspirateurs qui a décidé du jour au lendemain de se lancer dans la politique – que les autorités sanitaires n’interviennent qu’au moment où il est trop tard. A l’époque, les plus cinéphiles comme les moins ont manifestement eu du mal avec l’idée que Barry Levinson (Rain Man, Good Morning Vietnam…) fasse un petit film de mutants pour le fun. Il est vrai que personne ne s’attendait cependant à ce que le cinéaste s’associe aux producteurs de Paranormal Activity pour sortir un film d’horreur. Mais c’est aussi ce qui fait l’intérêt d’une telle démarche.

Pas de quoi tomber de sa chaise, bien sûr, devant The Bay. Mais à une heure où le motif de la viralité passionne, les spectateurs d’aujourd’hui accueilleront sans doute mieux ce petit film, mal considéré à sa sortie, qui incidemment raconte quelque chose de souterrain dans ses ambitions théoriques de film-crise: renseigner sur l’état du cinéma aujourd’hui – du cinéma de genre que l’on ne veut plus distribuer en salles, du cinéma indépendant qui se trouve dans une impasse (plus personne ne veut le produire car peu rentable), des cinéastes classiques perdus à l’heure du tout numérique et du cinéma tout court dont l’avenir risque de finir ailleurs. Sur une célèbre plateforme, par exemple.

Date de sortie: 19 juin 2013 /
1h 28min /
Epouvante-horreur, Thriller, Science fiction /
De Barry Levinson /
Avec Kristen Connolly, Christopher Denham, Nansi Aluka /
Dispo sur Shadowz en mars 2021

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