On-me-voit, on-me-voit-plus. Il y a en effet peu de choses à dire sur Lindsey C.Vickers, assistant réalisateur sur une poignée de Hammer (Le cirque des vampires, Une messe pour Dracula, Les horreurs de Frankenstein…) qui s’essayera une seule et unique fois au long-métrage avec The Appointment, au début des années 80. Puis, plus rien, nada, envolay. Le film? Jamais édité ailleurs qu’en vhs, jamais vu en France. Un fantôme. Et pourtant quel film! Et quel réalisateur!

Biberonné à Sir Alfred (comme 90 % des réal à suspens, ne jouons pas les étonnés), Lindsey C.Vickers tente une escapade par le court-métrage en 1978 avec The Lake. On pourrait dire pour la forme que ceux qui l’ont vu s’en souviennent encore. Mais qui l’a vu? On ne sait pas. Par contre, ceux qui ont pu se rattraper grâce à la générosité de la BFI (dont les anthologies de courts recèlent des merveilles) ne vont pas l’oublier de sitôt. On y voit un jeune couple bien comme il faut partir pique-niquer près d’un lac, et a la mauvaise idée de passer tout prêt d’une maison à l’abandon qui ne va pas leur porter chance. Et tout ça finira évidemment très mal – sinon, on ne serait pas là, hein. Dès les premières secondes, Vickers y déploie une atmosphère gloomy absolument saisissante: vent qui hurle, nature terne, bois qui craque… Mais surtout, et sans aucun effet spécial, il réussit à filmer l’invisible. Et n’explique rien jusqu’à la stupeur, jusqu’à ce plan final qui explique tout et n’explique rien à la fois. Pétrifiés que nous sommes, on en veut plus.

Quatre ans plus tard va naître son unique long métrage: The Appointment, qui fera preuve des mêmes qualités de mise en scènes. En mieux, même. La scène d’introduction, dont il serait idiot de vous révéler l’issue, fait déjà beaucoup avec trois fois rien: Vickers fait traverser un petit sentier à une gamine, et bam, nous voilà en plein dans Alice au pays des cauchemars. Elle ne reviendra bien sûr jamais de sa ballade improvisée. Quelques temps plus tard, nous voilà en plein conflit familial: la petite Joanne ne peut supporter l’absence de son père lors de son concert, car celui-ci a un rendez-vous important, ledit «appointment» du titre. La véhémence trouble de l’adolescente laisse planer l’ombre d’un complexe d’Électre inconscient. Seulement voilà, la nuit avant le départ, le temps semble se dilater, entre raison et sommeil, cauchemar et légère fièvre. Des chiens errants rodent, et le papa contrarié rêve sa propre mort. Que se passera t-il donc le lendemain?

The Appointment, tout comme son prédécesseur de court, n’expliquera rien ou si peu. Esprits malins? Malédiction? Pouvoirs psychiques? Bazar psychanalytique? Vickers prend son temps, et il le fait bien, observe avec une mélancolie poignante le petit monde d’une jeune fille frustrée et filme comme jamais le voile de mort qui s’abat sur ce récit en apparence inoffensif, le tout doublé d’un très beau score de Trevor Jones, annonçant la magie inquiète de son travail pour The Sender (Roger Christian, 1982), autre film étrange et mésestimé. La brutalité des scènes fantastiques, en particulier au détour d’une longue scène sidérante qui vous fera passer l’envie d’emprunter des routes de montagnes, en fait vraiment un drôle d’OVNI, dont le mélange d’élégance et d’effroi côtoient les cimes de ses voisins Full Circle (Richard Loncraine, 1977) ou Ne vous retournez pas (Nicolas Roeg, 1974).

Réalisation: Lindsey C. Vickers
Scénario: Lindsey C. Vickers
Avec: Edward Woodward, Jane Merrow, Samantha Weysom…
Photographie: Brian West
Musique: Trevor Jones
Pays d’origine: Royaume-Uni
Genre: horreur
Date de sortie: 1981

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