Coproduction yougoslave, française et allemande réalisée en 1974, Sweet movie, de Dušan Makavejev, prend les atours d’une fable surréaliste qui ne ressemble à rien de connu.

Lors d’une élection Miss Monde 1984, retransmise en direct à la télévision, les concurrentes se font examiner l’hymen par le PDG d’une fabrique de ceintures de chasteté. Surgit Miss Canada (Carole Laure), qui remporte tous les suffrages. Livrée en pâture à un businessman américain, elle fuit sa prison dorée pour se réfugier à Paris. Parallèlement, une autre femme (Anna Prucnal) vogue sur les fleuves avec un bateau rempli de sucreries et croise un homme (Pierre Clémenti) qui exhibe son pénis.

Coproduction yougoslave, française et allemande réalisée en 1974, Sweet movie, de Dušan Makavejev, cherchait le chaos à tout prix. Déjà, son titre induit en erreur: il n’a rien de doux. Le tournage reste célèbre pour avoir été une expérience épouvantable pour tout le monde, notamment Carole Laure qui a failli être dégoûtée du cinéma à vie. Makavejev n’a pas cherché à la rassurer en lui demandant des actes de bravoure impossibles, notamment d’égorger un mouton. Suite à plusieurs refus, il l’a menacée de poursuites judiciaires. Il ne faut pas s’étonner après, que l’actrice polonaise Anna Prucnal ait été interdite de séjour dans son pays pendant 15 ans pour avoir joué dans le film.

Derrière l’illogisme punk (une succession de provocations vomitives), le cinéaste yougoslave sait cependant où il veut en venir: les images chocs (comment justifier les images d’archive sur les massacres des bolcheviks?) cache la misère politique et la trame narrative chaotique permet d’opposer des notions (la mort et le sexe, le capitalisme et le communisme, l’ennui bourgeois et les fantasmes prolétariens) ou de créer des associations d’idées (les criminels de guerre et les dérives télévisuelles). Entre la revendication et la transgression, le festin est aussi excitant sur le papier qu’il est écœurant à l’écran. Les idéaux et les excréments sont liés par la nourriture; ce qui donne lieu à une scène culte où Carole Laure s’enduit le corps de chocolat comme une poire belle-hélène.

Dans la version uncut, on peut voir Otto Mühl et ses amis actionnistes se rouler dans leurs excréments. Si on n’est pas obligé d’apprécier ces provocations puériles, Sweet Movie reste un document bordélique sur les limites du cinéma des années 70 à une époque libertaire où il fallait provoquer pour ébranler l’ordre moral et donc exister.

1 COMMENTAIRE

  1. Il semble que notre époque n’est pas moins puritaine que celle du film. Vous n’avez cesse de répéter que les scènes sont choquantes ou écoeurantes comme si c’était le but premier du film était de choquer ou de gêner le bourgeois (ce qu’il est apparemment encore capable de faire). Il me semble que ce long-métrage se veut avant tout une allégorie de l’histoire politique du vingtième siècle, un récit poétique et surréaliste de l’échec des révolutions et du triomphe de la société marchande.
    Toute la narration est basée sur des références au Cuirassé Potemkine, aussi bien le navire réel que le film d’Eisenstein. La mutinerie qui a eu lieu sur le bateau durant la révolution manquée de 1905 devient dans Sweet Movie la figure archétypique des révolutions qui échouent ou déçoivent et qui par là-même se sont révélées insuffisantes pour enrayer l’expansion de la société marchande. C’est précisément cette société bourgeoise et capitaliste qui est caricaturée pour son obsénité et sa vulgarité dans les scènes orgiaques. Il ne faut pas oublier qu’on est en 1974, peu après ou pendant la libération sexuelle et donc à un moment où l’on assiste à la récupération marchande de cette libération et à l’essor de la pornographie industrielle.

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