[SUMMER CHAOS MIX] La playlist de Philippe Azoury

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Journaliste et rédacteur en chef culture du mensuel Vanity Fair, Philippe Azoury livre sa playlist estivale 2021: “20 morceaux, une heure trente deux de voyage incompréhensible. Ça part ambiant, puis rocksteady, puis dub, puis ça vire disco, puis trap, et enfin gabber. Un bon portrait chinois de ma vie sous Covid, en somme.”


Sega Bodega & Earthheater – Fade into you (2020)
Reprise dénudée de Mazzy Star par le petit prince de la connexion NUXXE.
Quand dans une heure trente deux, vous serez arrivé au bout de ce mix, littéralement essorés, vous vous souviendrez de ce début plein de douceur. C’est que ce Summer mix comme toute grande histoire d’amour, commence sur une caresse et se termine sur un carnage.


Susan Cadogan – Nice n’ Easy (1975)
Du sable, de l’eau salé, des vagues, what else? Rareté sensuelle sortie en 1975 sur le label jamaïcain Trojan.


Naffi (aka Brenda Ray) – D’Ya Hear Me! (1981)
Plein de gens cherchent à ressortir les enregistrements de Naffi, des comptines pop bizarres enregistrées à Londres entre 1979 et 1983, mais personne n’arrive à résoudre la question des droits: Brenda May a visiblement disparu dans la nature. Sur ce titre, c’est un peu comme si les Young Marble Giants cherchaient à percer le marché reggae.


Las Cuatro Monedas – Buena Suerte (1969)
Un groupe composé de frères et de soeurs qui a cartonné au Venezuela en 1969 avec une reprise en espagnol d’un morceau «rude boy» de Desmond Dekker and The Aces.
Un tube au mois de mai sur un certain tournage du sud de l’Espagne.


Living Funk – Fools Love (1973)
Symphonical records a sorti en aout dernier une compilation, The Key to our love volume 1, gorgée de morceaux Northern Soul languides et totalement obscurs, le genre de trucs que le Style Council aurait voulu composer en 1984. Dont celui-ci, qui date de 1973


Sunun w/h Jabu – Lately Dub (2020)
Lately le bien nommé est sorti effectivement trop tard en juillet dernier pour figurer dans notre mix 2020. Il est encore là en 2021, bien que ce morceau de dub envoyé par Jabu et Sunun depuis Bristol n’ait pas été le hit escompté (la vidéo a été vue 63 fois!!!). Il traduit néanmoins une idée très très défoncée, très très sous-marine de la perfection.


Pale Saints – Kinky Love (1991)
Oui, je sais, j’ai déjà mis cette reprise shoegaze de Nancy Sinatra à la fin du Chaos Summer mix 2020, et je le remets une fois encore, au mépris de tout logique. C’est pas de la flemme, c’est théorique : les douze mois qui nous séparent de l’été 2020 ont-ils réellement existé? Non, on est d’accord. On est donc en droit de reprendre les choses là où on les a laissé en juillet dernier.


The Stranglers – Walk on By (1978)
Les Stranglers étaient le groupe punk dont les membres étaient les plus vieux et surtout les plus musiciens. Ils savaient jouer: une maladie honteuse en 1977/1978. Mais les Stranglers étaient terriblement méchants, des types hargneux qui avaient fait du karaté et qui méprisaient tout le monde, aussi les punks les toléraient. En 1978, plutôt que de faire semblant de mal jouer des morceaux de moins de deux minutes comme tout le monde, ils ont préféré balancer en 45 tours une reprise de six minutes d’un tube de Dionne Warwick avec des solos graisseux, un orgue qui sonne comme le Ligth my fire des Doors mais aussi la ligne de basse la plus sale, la plus féroce de tous les temps. La provocation, la vraie. Et puis je suis fou de ce morceau, alors faites pas chier…


Christy Essien – You can’t change a man (Borrowed Identity Edit)
Elle aussi faisait du sale, mais façon disko, en 1980, à Lagos, au Nigeria. Oh waoooooow


Le Grand Safari – Holiday Sahara (1985)
C’est toujours pareil avec les grands morceaux baléariques : on ne sait jamais si ce sont des merdes tragiques ou des joyaux disco ultimes. Grand Safari, c’est sans doute à la base un truc hyper cynique produit à Paris par des requins de studio dans l’espoir de faire danser vos darons au club Med à Djerba. Sur le papier, la Zoubida n’est pas loin. Mais le résultat est tellement pornographique qu’il faut bien s’incliner.


Haykal – Shaghaf (2021)
Trap palestinien racé et venere. Comme il se doit.


Blanco – Pull up (2019)
Le roi bouboule de la UK Drill. Son flow de petit gangster est dingue, si bien qu’il faut en moyenne deux mois d’écoute quotidienne à quiconque pour commencer à capter qu’il rappe en… anglais.


Loraine James – Mmm (2020)
La fille (spirituelle) de Richard D. James (Aphex Twin) est noire, lesbienne, londonienne et magique. Loraine James a 25 ans. Elle vient de signer chez Warp. Dans deux ans, vous ferez des heures de queue pour la voir jouer live. Pour l’instant, elle réinvente l’IDM seule dans sa chambre.


Drake – Laugh Now, Cry Later (2020)
« And I’ve never been embraced… »
Do you have a tissue?… Drake, plus Douglas Sirk que jamais.


808 State – In Yer Face (Bicep Remix) (2016)
Mais oui, c’est la même mélodie que le Drake. Un vieux morceau acid house de 808 State de 1991 remixé par Biceps en 2016. Servi avec son parachute?


Vril – Scalar (2020)
Plus chaos tu meurs: Vril livre en huit minutes une histoire condensée de la techno dure, axe Detroit/Berlin. Pas de chance, le truc sort début avril 2020, soit un mois après la fermeture du Berghain pour cause de pandémie. Les clubs n’ont pas rouverts depuis, et ce tube en puissance a été vu 6000 fois seulement sur You Tube, et joué dans quelques chambres à coucher par des gens sous 3MMC qui s’en battent complètement les couilles de la musique.


VTSS – Atlantyda (2019)
Un massacre heureux. Tous les dix ans en moyenne, il sort un track qui porte en lui un truc noir et sexy qui met tout le monde d’accord par sa puissance dévastatrice. Vous n’avez écouté qu’elle depuis mars 2020 en fermant les yeux, à attendre que ça recommence un jour, la nuit.


Krampf – LSD XTC (Do We Really Need) (2019)
Produits de première nécessité? Spécial dédicace à Luna, Nayara, Lidia, les deux Irene, Alberto, le petit Joakim et à la petite Jean Seberg de la rave El Agua.


Casual Gabberz Army – F le 17 (2020)
Le code, vous le connaissez : 1213.
Chaos, tu disais?


Pierre Barouh – Nous (1964)
«Nous, depuis la première seconde on a déserté ce monde pour un immense univers. Cette image indestructible que l’oubli a pris pour cible, c’était nous.» Nous, ou tout ce qu’il reste d’espoir après la boucherie d’une année dans les couloirs de la folie.

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