Après une première saison passionnante et une seconde beaucoup moins, les mômes de Stranger Things débarquent pour une troisième saison début juillet sur Netflix. Qu’on aura tous oublié à la fin de l’été.

PAR MORGAN BIZET

Série phénomène par excellence de Netflix, Stranger Things revient pour sa saison 3, après deux ans d’absence. Si la première saison avait étonné par son hommage charmant aux années 80, la saison 2 avait rapidement montré les limites du projet des Duffer Brothers derrière son enrobage nostalgique et pimpant. Les créateurs s’étaient donc laissés plus de temps pour concevoir cette troisième saison, attendue au tournant.

L’histoire se répète. Nous sommes en 1985, soit un an après les évènements de la saison 2. La ville de Hawkins est de nouveau attaquée par les forces maléfiques du monde à l’envers. Le monstre qui avait possédé Will est de retour, et décide cette fois de posséder la ville entière pour parvenir à ses fins, détruire Eleven. En parallèle, le mal qui a ouvert ces portes aux abords de Hawkins, se révèle être une base soviétique secrètement implantée chez l’Oncle Sam, dans le but d’accéder au monde à l’envers. Le scénario est sensiblement similaire à ceux des saisons précédentes: une conspiration, la menace venue du monde à l’envers dont seul le groupe de jeune semble en avoir conscience, et Eleven, la clef pour résoudre ces problèmes. On ne s’en plaindra pas, la série est un art de la répétition. Stranger Things évolue avec ses personnages, et les thématiques de l’enfance deviennent celles de l’adolescence, entre jeux de l’amour et difficulté de s’affirmer. De plus, les Duffer Brothers abordent une intrigue résolument politique et critique, que cristallise ce mal infernal bâti par la corruption du maire de Hawkins et qui entraîne une désertion des boutiques du centre-ville.

Toutefois, derrière ces prétentions, les aventures d’Eleven, Mike, Dustin et consorts peinent encore une fois à dépasser le cadre de l’hommage tournant à vide. Pire, la trame politique s’englue dans le nanar capitaliste made in eighties façon L’Aube Rouge, loin d’être la meilleure référence à citer. Les Russes sont évidemment caricaturaux et parmi eux se trouvent un tueur implacable, ersatz du Schwarzenegger de Terminator. En matière d’horreur, l’un des arguments de départ de la série, on frôle également le mauvais goût, avec des monstres, pâles copies des zombies de Romero et de la chose indicible de The Thing, dégoulinants de mauvais CGI. A force d’être un hommage, Stranger Things en oublie d’exister, ou même d’avoir un discours sur les années 1980. Tout devient superficiel, même les rapports entre les personnages qu’on avait tant aimé découvrir lors de la première saison. Au bout de huit épisodes oscillants donc entre le navet au goût douteux et le plaisir coupable, la série parvient pourtant à nous surprendre, lors de son épilogue d’une vingtaine de minutes. Véritable torrent émotionnel, cette conclusion pourrait faire l’effet d’une révolution dans la saison 4. La nostalgie laisserait place à la mélancolie, et à des thématiques très spielbergiennes sur le deuil, la séparation et la perte de l’innocence. Toutefois, on sent les Duffer Brothers capables de tout gâcher, tant ils ont su saboter leur formidable matériau de départ depuis deux saisons. Au pire, on n’aura qu’à se consoler en regardant Super 8 de J.J. Abrams, le film qu’aimerait être Stranger Things.

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