Malgré la horde de psychopathes ayant déferlé sur la ozploitation (dont un Night of Fear de Terry Bourke qui annonçait les dérives crapoteuses de Massacre à la tronçonneuse), la vague du slasher n’atteindra pas la sainte Australie, comme imperméable à l’étripage d’ado en séries. Deux exceptions sans doute: le très racoleur et très léché Nightmares (John D. Lamond, 1980), avec sa jolie traumatisée découpant une troupe de comédiens avec des morceaux de verre, et ce Strange Behavior (connu aussi sous le nom plus radical de Dead Kids), qui associait les efforts de Michael Loughlin et de Bill Condon, cinéaste qui réalisera plus tard les sublimes Sister Sister et Ni dieux ni Démons. Le premier luron souhaitait d’ailleurs entamer une trilogie so «strange» qu’il poursuivra alors avec Strange Invaders, somptueux hommage aux séries B des années 50, avant de câbler après son passage à Hollywood avec Mesmerized, curieux mélange de drame historique et de thriller avec Jodie Foster et John Lithgow. Pas un simple slasher ce Strange Behavior, puisqu’il en absorbe en réalité les codes pour tromper tout le monde.

Une petite ville, des meurtres d’adolescents à l’arme blanche: le décor planté comme un poignard dans le dos. Au bout d’une demi-heure, on assiste à une soirée costumée où tout le monde fait une choré sur du Lou Christie. Le tueur se glisse bien sûr dans l’assemblée, la tête coiffée d’un masque de Tor Johnson, et tente de subtiliser une ou deux âmes égarées. À la fin de la séquence, l’assassin dévoile son visage à la caméra, révélant une identité somme toute improbable. Non, Strange Behavior ne sera pas un énième Vendredi 13 de plus. Déjà parce que ses origines australiennes lui permettent de jouir d’un scope impeccable (une marque de fabrique très répandue de la ozploitation), mais aussi parce que sa mise en scène jette aux orties ce qu’on peut attendre d’une série B de vidéo-club. Cela allant d’un vrai sens du décalage (le plan de la bonne continuant à baragouiner seule alors que toutes les personnages sont sortis du champ) à des attentes étrangement déjouées: la traditionnelle scène de la morgue où les corps resteront bien sagement sous leur drap mortuaire malgré l’insistance du légiste, le long suspens autour d’une terrible piqûre oculaire, un faux couteau présenté comme un vrai, une apparition menaçante qui n’en est pas une…

C’est à la fois délicieux et hautement déstabilisant, entre le confort et l’inconfort, le thriller pop-corn et le carnage cru, la farce et l’effroi. Louise Fletcher, étrangement reléguée au fond de la classe, offre tout de même une balle palette d’émotions sur une poignée de petites scènes plus importantes qu’elles n’en ont l’air: quoi de plus chaos d’ailleurs que d’aller tourner Mama Dracula et des bandes horrifiques à l’autre bout du monde après un Oscar? Le groupe Tangerine Dream, discret, plane dans leur coin. Épouvantail de chair, main tranchée et pipi rouge: si son esthétique et ses manies appartiennent au slasher, Strange Behavior dérape volontiers dans la science-fiction avec ses expérimentations douteuses sur des teenagers trop confiants, son savant fou à l’influence d’outre-tombe et son infirmière en mode stone cold bitch. Tout ça avant de terminer en trombe comme un téléfilm du dimanche après-midi. Cerveau à l’envers, on est pas sûr d’avoir tout enregistré, et on adore ça.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici