Des éclairs fantastiques, des visions morbides, des ombres et des lumières, des lèvres immenses, une langue géante procurant une petite mort, des sexes turgescents et de la jouissance “a-go-go”. Non, vous ne rêvez pas, vous êtes bien chez Stephen Sayadian, connu sous plusieurs pseudonymes (Rinse Dream, F.X. Pope, Ladi von Jansky…) dont les productions libres ont fasciné-émoustillé-plus-si-affinités l’inconscient cinéphile.

PAR ROMAIN LE VERN

Stephen Sayadian a commencé sa carrière en tant que directeur artistique pour LFP (Larry Flint Publications) avant de mettre en boîte au début des années 80 des films qui ne ressemblent à rien de connu, représentatifs d’une époque où la pornographie avait – encore – des ambitions artistiques. Au sexe libre et hédoniste des années 70 succède le sexe solitaire. Pile au moment où les premières cassettes porno sont commercialisées, Sayadian nous plonge dans un monde de surréalisme pulp amer, d’humour bizarre, de tableaux kitsch, de virus et de performance, à l’esthétique alliant mauvais goût et visées poétiques, résistant au sexe boucher.

En résultent de vraies bizarreries : Nightdreams, rêverie déclinée en trois volets explorant le désir féminin dans tous ses états dans laquelle une jeune femme enfermée dans un hôpital psychiatrique explore ses fantasmes sous les yeux d’un médecin et d’une infirmière. Pour le réalisateur Christophe Gans, ce voyage fantasmagorique appartient à ces «monuments underground qui sont au porno ce que Eraserhead est à l’industrie hollywoodienne». À noter un twist final mémorable et une séquence culte avec des cow-girls en pleine étreinte, au son du Ring Of Fire des Wall of Voodoo.

Café Flesh, son film le plus connu, se déroule après l’apocalypse nucléaire ; l’humanité est partagée en deux groupes : les « positifs » qui ont conservé la faculté de faire l’amour et la grande majorité des « négatifs », devenus impuissants. Pour accéder au plaisir, ces derniers regardent les « positifs » se donner en spectacle. Une œuvre pornographique hybride s’appropriant les codes de la science-fiction et du fantastique, dans une atmosphère de fin du monde froide et angoissée. À l’instar de The Devil in Miss Jones (Gerard Damiano, 1972) et Defiance of Good (Armand Weston, 1974), un must-see.

Egalement, Dr. Caligari. Possédée par une libido exacerbée, Miss Van Houten est envoyée par son mari chez le Docteur Caligari, psychiatre dégénérée menant des expériences sur ses patients à renfort de décharges électriques et d’injections d’hypothalamus. Présenté non sans humour comme la suite du Cabinet du Docteur Caligari, ce pastiche inclassable et psychédélique, se situe quelque part entre les délires de Richard Elfman (Forbidden Zone) et de Slava Tsukerman (Liquid Sky). Fomenté en trois semaines dans un hangar californien, Dr Caligari dénote dans la filmographie de Sayadian qui a privilégié toute la bizarrerie de son style à la pornographie. Le seul film de Sayadian qui ne soit pas proscrit aux mineurs !

Dans les années 90, le réalisateur propose Party Doll a-Go-Go. On y voit Jezabel la mystérieuse, Lannie la lascive, Roxi l’excentrique, Vivian la séductrice, Tantrum l’hippie, Vera la lubrique et Echo la déjanté. Toutes ivres de sexe, elles cherchent le plaisir dans tous ses états. Arrivé à la fin d’un cycle, Stephen Sayadian délaisse ses figures de style coutumières pour un film solaire mélangeant pornographie californienne des années 90 et répliques façon Russ Meyer des années 60. Ce nouveau fantasme du chantre arty du cinéma d’exploitation coquin fait défiler les filles aux silhouettes affolantes pour du sexe à go-go.

Ensuite, Sayadian s’aventure chez MTV et dans la série télé, laissant la place à d’autres pornographes pour représenter le sexe au cinéma. Pas sûr qu’ils aient fait preuve d’autant d’imagination.

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