ALISTER

«La palme du chaos 2020 est attribuée à un film exhumé de la filmo d’Alain Delon: Les Tueurs de San Francisco (Once a Thief) de Ralph Nelson (1965). De la débâcle hollywoodienne d’Alan Byfar, on ne sait finalement pas grand-chose. L’une des principales raisons, en dehors du fait que l’intéressé n’en parle jamais, est que le corpus constitué a très peu marqué les esprits. On oubliera rapidement le catastrophique western Texas, nous voilà avec Dean Martin (1966), tout en épargnant le solide Les Centurions (1966), quoique mythifiant quelque peu l’action (exaction?) de l’armée française en Algérie, pour ne garder que ce Once a thief (traduit de façon parfaitement débile par Les Tueurs de San Francisco) tout à fait comestible. Non pas que cela soit un chef-d’œuvre oublié, ni même un «film à voir avant de mourir», mais quand même, pour les pervers, ça vaut le détour. Les quinze premières minutes valent à elles seules leur pesant de noix de cajou. Rythmé par un solo de batterie «jazz nucléaire» (musique signée Lalo Schifrin, again), le réalisateur Ralph Nelson (qui?) organise une incroyable mise en bouche, haletante, poisseuse, groovy, du meilleur aloi. «Que faire après ça?» se dit-on, naïfs… C’est là où ça se complique. Le film rentre immédiatement dans une équation à plusieurs inconnues assez intenable. Le polar en est le cœur, mais apparemment le producteur a voulu diversifier l’offre (ce film PUE le film de producteurs) en multipliant les genres: romantique (avec une Ann-Margret sublime, mais inutilement geignarde), drame familial (le grand frère capillotracté, Jack Palance), chronique sociale (réussie pour le coup), etc. Vous me direz, c’est dans le cahier des charges du polar d’associer tous ces genres. Certes. Sauf que là, les sous-pistes ne se fondent pas toujours dans l’ensemble. Heureusement, le scénario est béton, le méchant est l’un des pires enculés jamais rencontré sur grand écran (John Davis Chandler, en albinos torve à faire trembler Minos), la fin est biblique et, point Berlitz, Delon se débrouille plutôt bien en anglais.» A.

Alister, de son vrai nom Christophe Ernault, est un auteur-compositeur-interprète français. Il est également rédacteur en chef de la revue Schnock, dont le premier numéro est paru en mai 2011.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici