Elle truste à peu près tous les top 10 de cette fin d’année, portée par son Enorme, OVNI qui tranche avec les habituelles comédies gloutonnes que la France enfante par pack de 12. Gloire à notre Sophie Letourneur!

Sommes-nous en voie de Masque et Plumisation? Nous aussi, nous avons trouvé “particulièrement réjouissantela comédie sophistiquée de Sophie Letourneur (comme si le comique n’était pas déjà la sophistication même…). Le genre de film déclic qui fait regarder une carrière d’un œil nouveau, mettant de côté les petites choses qui nous branchaient qu’à moitié dans son cinéma jusque-là.

Sophie Letourneur, c’est l’histoire d’une plasticienne passée derrière la caméra sur conseils d’Emmanuel Chaumet, créant depuis plus de 15 ans un art de la bulle aux plans fixes, aux anatomies à qui on n’a pas injecté d’intraveineuses Photoshop, aux personnages qui s’échappent de la monotonie quotidienne par une tendance outrancière au culot, parfois à leur dépens.

Des films où on parle et où on ripaille énormément: voyez comment Sophie herself, affalée sur son canapé IKEA, s’empare du moindre biscuit apéritif disposé sur la table basse dans ce premier court génial qu’est La Tête dans le vide (2004), qui pose quelques bases solides de l’édifice à venir. Déjà cette idée chère à son cinéma de ne pas distinguer clairement si les personnes en groupes dialoguent ou soliloquent. Un peu comme si nous étions condamnés à rester autistes, même enserrés dans un collectif. L’Homme est-il un animal social ou un anar solitaire? La vérité se trouve sûrement entre les deux, comme on écrit quand on ne sait pas trop comment conclure un paragraphe…

Depuis La Vie au Ranch (2010), film de copines qui avait autant séduit qu’horripilé la critique en son temps déjà lointain, Sophie est passée reine dans l’art de la pagaille, joyeux chaos qu’on ne peut orchestrer qu’à condition d’avoir, et ceci n’a en fait rien de paradoxal, une science invétérée du rythme. Rythme qu’il a fallu imposer à ses comédiens et à trois producteurs successifs sur Énorme, projet qui accumula les galères avant de finalement trouver son public grâce à un parc de… 300 copies. Un luxe à l’échelle letournienne! Juste récompense pour cette production chaotique qui a vu la cinéaste mener une bataille homérique pour ne pas céder aux pressions formatées des professionnels de la profession, et autres décideurs qui n’ont que les études de marché à la bouche.

Je ne fais pas un cinéma de représentation, ce sont les particularités qui m’intéressent”: voilà qui détonne dans une ère où la petite lorgnette communautaire est devenue la meilleure amie de l’appareil critique, peut-être plus par paresse intellectuelle que par idéologie. Un film libre, sombre, étrange, majestueux et pas toujours bien élevé (ce gros sexe en érection de Jonathan Cohen: fake or real?), qui n’a pas besoin d’affirmer toutes les trois lignes dans le dossier de presse “qu’il bouscule les clichés” pour effectuer sa petite entreprise de déminage.

Quelle belle idée que d’utiliser ce duo d’acteurs dans un film déjouant autant les contours proprets de la comédie grand public navrante, genre dont la France s’est fait une spécialité, et ce malgré toute la sympathie que nous portons à Guy Lecluyse… Les spectateurs de Quotidien et les fans de Maïa Mazaurette ne s’en sont toujours pas remis! Encore un film de parasites! Qu’il est beau et qu’il est chaos, notre cinéma français, quand il décide de s’y mettre!

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