HBO a repris en main son titre de «king of tv show» depuis l’année dernière. Ce n’est pas tant dans les grosses machineries fantasy, mais dans l’intimiste qu’ils ont repris le terrain. Cette année, la série choc I May Destroy you de Michaela Coel a confirmé la règle.

Attifée comme une petite fille malgré sa vingtaine bien tassée, Riley partait à la découverte des joies (et des malheureux) du sexe dans sa banlieue londonienne, mettant au préalable Jesus et Beyoncé sur le même autel. C’était le programme, fort bref mais intense, de l’incroyable série Chewing-Gum, révélant la sidérante Michaela Coel à la face du monde. Elle écrit et incarne ce personnage loufoque de vierge délurée avec cet équilibre dingue qu’on reconnaît bien chez les british: celui entre un humour gras et féroce et une incarnation frontale et très juste de notre réalité. Avec Phoebe Waller-Bridge et son Fleabag, elle s’est vite imposée comme une des femmes les plus talentueuses et drôles de Grande-Bretagne… et osons-le dire du monde, avec ce même plaisir d’aller tripatouiller là où il ne faut pas à l’heure des «on ne plus rien dire».

Son passage sur la chaîne HBO se fera naturellement avec la force d’une rouleau compresseur: dans I May Destroy You, elle reprend la même position devant et derrière la caméra, mais chope avec une dextérité sans pareille la mouvance du courant «me too». Elle y enfile la perruque d’Arabella, une écrivaine branchée qui vogue entre Londres et l’Italie. Un black-out trop violent et des souvenirs éclatés vont alors la ramener à un trauma enfoui; celui d’un viol dont elle se souvient à peine. Là où nombre de séries Netflix se tartinent d’une diversité bien pensante et souvent opportuniste, Coel, elle, montre les dents: il n’y a que du vrai là-dedans et surtout une envie d’en découdre bouleversante, ayant vécu hélas le même événement quelques années plus tôt.

En 12 épisodes, Michaela Coel sort les gants de boxe, vogue entre enquête, chronique sociale et catharsis. Et s’attaque à tout ce qu’elle peut sans pathos obscène: l’exercice de reconstruction de soi, la culture du viol tant chez les hétéros que les homos, le mépris du corps des femmes racisées, le baume de réconfort des réseaux sociaux et leur toxicité, le privilège blanc, le dédain pour le consentement, le cheminement de l’inspiration… Sur un seul long-métrage, on dirait too much. Mais le temps d’une mini-série, la réalisatrice et actrice prend tout le temps qu’il lui faut, rage comprise. Sans le même stylisme à l’extrême, la puissance des thèmes et le swing permanent entre humour et malaise assumé, feraient presque de I May Destroy You le comparse parfait et adulte d’Euphoria. J.M.

I May Destroy You est une série télévisée de comédie dramatique britannique créée, écrite, codirigée et exécutive produite par Michaela Coel pour BBC One et HBO. Disponible sur OCS en France.

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