Une actrice présente dans deux sommets du chaos 2018 (UTSL, THTJB) a légitimement sa place… dans un top chaos de l’année 2018(*). Blonde, brune, girl next door, gueule tuméfiée, organes recyclés dans du prêt-à-porter: l’actrice transformiste vient d’ajouter quelques pièces de choix à une filmo déjà impressionnante. Prononcez Riley Chaos!

PAR GAUTIER ROOS

On la voit finalement assez peu dans Under the Silver Lake, mais on peut restituer à peu près chaque plan où elle apparait : étendue à l’horizontale sur son sofa (avec son chapeau-ombrelle monumental), accroupie de profil en train de ramasser le poo poo du chien, et bien évidemment sur ce rebord de piscine, où sa gambette droite tente de se ménager une place similaire à celle de Marilyn dans Something’s Got to Give de Cukor (1962).

Le grand projet du film va être de faire disparaitre la nymphette, plongeant notre pauvre héros dans une quête cryptique rejouant l’obsession de Vertigo. Ici, au chaos, on n’a pas tari d’éloges sur ce film bien plus mal élevé qu’il n’en a l’air, beaucoup trop ambitieux, qui perd peu à peu son spectateur dans les méandres cracra du cerveau d’Andrew Garfield (on a l’impression de sortir de la séance avec le t-shirt plein de fiente, nous aussi).

Mais on n’a peut-être pas dit à quel point la petite Riley nous avait elle aussi embarqués, charmés, scotchés, dans ce rêve pré-déluge que constitue les trois premiers quarts d’heure du film. Car le petit monde artificiel décrit par David Robert Mitchell est étrangement celui où on peut aussi regarder, blotti sur son lit aux côtés de sa voisine tout juste présentée, How to Marry a Millionaire de Jean Negulesco (1953). On se souviendra longtemps de ce foot-contact nuptial entre les deux oiseaux, premiers et derniers préliminaires avant la catastrophe, qui a même réussi à émouvoir les mécontents de Cannes s’apprêtant à quitter le Grand Théâtre Lumière une dizaine de minutes plus tard.

C’était la fin du festival. Ayant vite abandonné l’idée de se renseigner sur chaque film en début de séance, il y a fort à parier que ces mêmes spectateurs n’avaient pas reconnu la donzelle dans un autre film trip présenté le matin même à 8h30 pétantes: The House that Jack Built, où notre égérie apparait dans le dernier tiers pour un date avec le charmant Matt Dillon (qui lui parle comme du crottin et qui l’appelle non sans mépris Simple).

La suite est dans les clous de ce qu’on a vu pendant l’heure et demi qui précède : Jack enfile une blouse et dessine des marques d’incisions au feutre rouge autour de ses seins (il n’a pas volé son surnom de Mr. Sophistication). Avant d’ajouter un nouveau porte-monnaie à sa collection d’objets faits maison.

En deux apparitions lapidaires, Riley Keough vient d’apposer son nom à quelques plans marquants de cette année cinéphile, ceux dont on se rappellera peut-être en feuilletant le TASCHEN à venir sur les films des années 2010. On sera en tout cas certain de retrouver son minois en milieu d’ouvrage, catapulté dans le désert de Namibie pour le tournage de Mad Max: Fury Road (2015) : mais comment fait-elle pour choisir aussi bien ses films ?

On a peut-être un début d’explication. Avec un physique qui oscille étrangement entre le mannequin de charme et la fille d’à-côté – celle qu’on peut croiser à toutes les terrasses de cafés – Riley peut battre toutes les cartes, et passer d’un clip de Justin Timberlake à un van sillonnant l’Amérique profonde sous le double patronage de la trap et de la white widow (American Honey d’Andrea Arnold en 2016). Christophe Guilluy appellerait ça une population périurbaine, on préfèrera ici le terme “white trash”, pour lequel la petite fille d’Elvis Presley n’était pas vraiment pré-destinée. Oui, le film est bien trop long pour ce qu’il a à raconter. Mais là encore un plan nous revient en tête : celui où la belle voit sa cuisse enduite d’huile par Shia Labeouf (prononcez Le boeuf). Quand est-ce qu’on lui file un premier rôle ?

(*) N’ayant pas vu le dernier Jeremy Saulnier, l’estimation est peut-être à revoir à la hausse.

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