Comment ça, vous ne connaissez pas Mavado Charon? Voici pourquoi il fait partie de nos 20 stars du chaos. Et, surtout, pourquoi on adore son travail ĂŒber chaos.

PAR GEOFFROY DEDENIS

Originaire et rĂ©sidant Ă  Nantes, le mystĂ©rieux dessinateur que s’appelerio Mavado Charon fait depuis maintenant dix ans parvenir au monde ses visions d’extases sanglantes. 2018 s’avĂšre pour lui l’annĂ©e de la consĂ©cration, puisque qu’il reçoit le prix Sade du livre d’art pour Dirty (Mania Press), Ɠuvre-monstre, dans tous les sens du mot. Une rĂ©compense sur-mesure pour ce travailleur de l’ombre qui cite le Marquis comme l’une de ses inïŹ‚uences majeures. C’est enfant que celui qui ne s’appelle pas encore Mavado Charon commence Ă  produire des bande-dessinĂ©es qu’il Ă©dite manuellement en plusieurs exemplaires, Ă  dĂ©faut d’avoir accĂšs aux moyens de reproduction mĂ©caniques. Un dĂ©tail rĂ©vĂ©lateur de la dynamique passionnelle qui anime Mavado et sa pratique du dessin quelque peu maniaque, l’amenant Ă  redessiner de tĂȘte les ïŹlms qu’il a vus et aimĂ©s. Une ardeur aussi naturelle que son talent, au sens oĂč Charon n’a fait aucune Ă©cole d’art, ni suivi de cours de dessin. Un non-acadĂ©misme qui conserve son trait sauvage et ne l’empĂȘche pas de se faire rapidement un nom dans la BD et le graphzine. C’est aussi pour cela qu’il se rebaptise Mavado Charon, quand il amorce ce travail plus personnel et constitue les fresques thanatĂ©rotiques qui font aujourd’hui sa renommĂ©e.

En parcourant les pages de Dirty et de son blog, c’est un dĂ©luge de corps baisĂ©s, violĂ©s, ïŹstĂ©s, empalĂ©s qui prend forme. Le cĂŽtĂ© Mr. Hyde de Charon s’exprime autant dans ces motifs, qu’à travers les instruments qu’utilise cet allĂšgre tortionnaire: un stylo-bille et des feuilles A4. Des outils ad hoc, qui lui permettent de composer avec une contrainte de temps considĂ©rable. Il griffonne ainsi dĂšs que possible, dans les transports en commun ou les toilettes. Des conditions favorables au dĂ©veloppement de ce qu’il nomme Ă  raison son «dessin de guĂ©rilla». MĂȘme s’il tend Ă  accorder davantage d’ampleur Ă  ses fantasmagories lorsqu’il se rend dans son atelier pour expĂ©rimenter sur des formats plus imposants. Il Ă©chafaude alors des diableries, faisant autant Ă©cho aux cauchemars monumentaux de JĂ©rĂŽme Bosch, qu’aux cohues enjouĂ©es des albums d’OĂč est Charlie ? Des scĂšnes d’orgies homosexuelles ultraviolentes, pleines de sperme, de sang et de larmes de joie, oĂč l’observateur pourra reconnaĂźtre sans efforts la marque des mentors spirituels de Charon: Burroughs, Duvert, Guyotat
 Un enchevĂȘtrement de chair qui fait honneur Ă  la confusion apocalyptique de ces auteurs, au sein d’un grand bordel de tripes et de phallus, qui ne semble suivre aucune logique prĂ©Ă©tablie. Le maĂźtre-mot de Charon Ă©tant l’improvisation.

Une libertĂ© sans limite qui se retrouve dans les physionomies hyperviriles, dĂ©charnĂ©es, sensuelles, hybrides ou grotesques, qui Ă©voluent dans ces paysages dĂ©vastĂ©s. Et l’inspiration de Charon ne se cantonne pas Ă  la littĂ©rature, il dit Ă©galement tirer son goĂ»t pour les corps masculins brutalisĂ©s de l’esthĂ©tique des jeux-vidĂ©o de combat, en particulier la sĂ©rie mythique Mortal Kombat. Il tient d’ailleurs son prĂ©nom de l’un des personnages du cinquiĂšme volet de la saga: Mavado. Et en bon fan, lorsqu’on lui demande quelle est sa Fatality favorite, il rĂ©pond: «En gĂ©nĂ©ral, j’ai toujours un petit faible pour les fatalities de Sub-ZĂ©ro, le personnage qui maĂźtrise le froid et la glace. Ma prĂ©fĂ©rĂ©e, c’est lorsqu’il congĂšle son adversaire et qu’il lui arrache la tĂȘte pour la balancer ensuite sur ce qu’il reste de son corps, qui Ă©clate alors en mille morceaux.» Aaaah les annĂ©es Playstation 2. Cette derniĂšre anecdote en dit long sur la portĂ©e ludique de ces jardins des supplices, Mavado Charon ne choque pas pour choquer et s’il dessine, c’est avant tout parce que ça l’amuse et l’émoustille. Ses bacchanales servent de territoire propice aux combinaisons sexe/mort, dĂ©sir/excĂšs, rĂ©servoirs inĂ©puisables de rĂȘveries Ă  l’intĂ©rieur desquelles les hommes sont Ă  jamais esclaves consentants de leur jouissance et de leur oblitĂ©ration. Pour vous procurer l’indispensable Dirty, direction Mania Press.

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