Une nouvelle fois raboté de 40 minutes, Mektoub, my love: intermezzo devrait finalement gagner les salles françaises début 2020. S’il est bien un cinéaste qui n’a pas volé l’épithète “sulfureux” cette année, c’est Kechiche, venu dégobiller sur la Croisette avec un projet bien plus hors normes que celui du duo Toledano/Nakache…

Mars 2018: Mektoub, my love: canto uno sort sur les écrans français, après un passage plutôt discret par Venise l’année précédente. Pas une voix discordante ne vient cette-fois ci gâcher la fête: l’ensemble de la presse d’accorde à dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, cinq ans après les quelques réticences venues contrarier l’attribution de la Palme à La Vie d’Adèle (“des spaghetti bolo chez les prolos, des huitres chez les bourges  il est subtil ton Abdellatif dis donc !!!”).

On en oublierait presque les polémiques sur son traitement des techniciens et des actrices, dans un contexte post metoo pourtant déterminé à ne plus rien laisser passer. Unanimité, consécration, et envie irrépressible de descendre chez un cousin dans le Sud pour se trémousser sur Sing Hallelujah! de Dr Alban: appelons ça un triomphe, que viendront plus tard confirmer les tops de la décennie s’achevant. Comme on pouvait s’en douter, ce frondeur d’Abdellatif n’allait pas s’en contenter.

S’abreuvant aux sources que tout le monde oublie de consulter (Satellifax), le chaos vous annonçait en (quasi) exclusivité que Kechiche avait des grandes chances de rallier la compétition, ce qui sera finalement officialisé dans un communiqué absolument dingue annonçant la divine nouvelle aux côtés du Tarantino et du Gaspar Noé. Quelle fiesta! Et quelle offrande livrée cette année au Chaos!

On est alors loin de se douter que Once Upon a Time… in Hollywood sera reçu timidement (clairement pas l’écrin idéal pour voir un film comme celui-ci, pris en étau entre un jambon-beurre et une file d’attente appliquant studieusement les préceptes de Gustave Le Bon sur la foule) et que cet Intermezzo sera… ce grand moment d’incompréhension entre le Grand Théâtre Lumière et la team de programmateurs chapeautée par Titi Frémaux, mésentente radicale qui n’arrive qu’une fois tous les dix ans.

Pas étalonné, mixé avec désinvolture, livré sur DCP quelques heures seulement avant la séance (des sources proches du dossier nous ont même affirmé que Kechiche ne connaissait pas ce nouveau montage, raboté de 32 minutes à la hâte)… Avant même que n’explose un package polémique où il sera question de male gaze, de fesses comptabilisées sur un carnet de notes faisant office de punching ball, d’actrice quittant abruptement la séance de gala ou de cinéaste se réclamant modestement du cubisme en conférence de presse, tout respire le soufre dans cet Intermezzo, dilatant le malaise devant deux mille gastéropodes endimanchés gagnés par la nausée, pourtant venus applaudir l’auteur respecté de L’esquive (2004) et de La graine et le mulet (2007)!

9 minutes, 12, 13, 18 peut-être : on ne sait même plus qui croire quant à la durée de cette fameuse scène de cunni non simulé… On imagine juste la nuit qu’a dû passer Thierry Frémaux, jusque-là préservé de l’oeil du cyclone, et même félicité pour avoir promu plus de femmes en compétition qu’à l’accoutumée…

Quel bras d’honneur assené à une époque confite dans un immense safe space : un geste tout en provocation (“radical”, entonnera à l’unisson une presse française démunie, faute de vocable plus adapté) et qui devrait sortir dans une version plus respectable début 2020. Tout est bien qui finit bien pour Pathé? On voit mal comment un projet pareil pourrait être rendu plus digeste uniquement par les coups de ciseaux de la Seydoux’s family: le feuilleton continuera bel et bien l’an prochain. Et dire qu’on ne parle là que d’un intermède…

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