Réalisateur discret abonné aux blockbusters malades, Alex Proyas cachait une drôle de petite chose dans sa manche: Spirits of the Air, Gremlins of the Clouds, un premier film quasi-invisible réalisé à la fin des années 80 qui nous baladait loin. La (re)découverte en hd s’impose.

Malgré une première expérience hollywoodienne dont le terme «compliqué» ne suffirait pas à couvrir toute l’aura chaotique (on cause de The Crow, bien sûr), Alex Proyas fut consacré comme le messie du néo-gothique 90’s, avant de se prendre les pieds dans le tapis bien comme il faut. Mais avant d’arriver à The Crow, peu de gens savent que le bonhomme s’était fait la main sur un premier long mystérieux, à la limite de la légende urbaine et dont le titre tarabiscoté échauffait déjà l’imagination: Spirits of the Air, Gremlins of the Cloud qui a eu la malchance d’arriver à la fin de vie de l’ozploitation, juste avant que la comédie ne s’assigne digne représentante du cinéma australien aux yeux du monde.

Forgé par son expérience de clippeur (il avait signé les vidéos de Kiss the Dirt de INXS ou de Don’t Dream it’s over de Crowded House), Alex Proyas s’était lancé dans un étrange exercice de «gothic post-apo», dont les teintes chaudes et halées n’annonçaient en rien son détour par les ténèbres du corbac et de la grande ville sombre. À la manière de titres barrés et bouts de ficelle comme Hardware, Six String Samurai ou Encounter at Raven’s Gate, Spirits of the Air réussit à piquer sa tente dans un univers sablé et dystopique et à nous y faire croire jusqu’au bout même sans les sous qui vont avec. On pourrait presque s’amuser à placer le film dans le même univers que Mad Max tant l’univers esthétique s’y prête joyeusement. Mais point de vroomvroom ici: un inconnu débarque dans la ferme isolée d’un frère et d’une sœur, tout deux sérieusement toqués, et compte reprendre son chemin après s’être restauré dans un climat de fanatisme religieux avancé. Cloué sur son fauteuil, l’hôte chevelu offre au nomade la possibilité de s’enfuir plus loin encore, si celui-ci l’aide à bâtir une machine volante!

Osera t-on dire qu’il ne se passe pas grand-chose voire rien dans ce faux huis-clos où ça tord la gueule comme chez Zuzu? Et pourtant, le décor principal insensé (qu’il s’agisse du désert orangé ou des intérieurs poussiéreux) et l’atmosphère sonore (le score de Peter Miller vous envahit en dedans comme du Badalamenti venu de l’espace) créent un état d’hypnose délicieux. Changeant de costumes ou de maquillages à chaque séquence, le personnage chaos-ici-chaos de Betty, l’illuminée aux airs d’Harley Quinn, amène une sacré dose de folie au milieu de cet immense courant d’air où l’on n’arrête pas de flotter. Ça malaxe le merveilleux et le bizarre sans détour, comme du Arizona Dream (le plagiat n’est pas loin par instant) sous influence Jodorowsky. On peut comprendre que certains producteurs avisés se soient laissés tenter pour faire voler Proyas sur les ailes d’un certain corbeau noir…

Quasi-invisible jusqu’à alors, Spirits of the Air a refait son apparition en bluray et dvd chez l’éditeur australien Umbrella il y a deux ans de cela: tout comme pour Next of Kin, Le chat qui fume vient naturellement récupérer le contenu de la galette venue de l’autre bout de la planète, avec le même transfert, certes pas toujours nettoyé (c’est la touche Umbrella hein bon…), mais permettant de redécouvrir ce premier film épatant dans toute sa splendeur. Survivants des bonus de l’édition étrangère: l’interview de l’actrice Rhys Davis et de Michael Lake, ancien comique proche de Proyas peu avare en anecdotes. On n’en saura pas plus de la vision d’Alex Proyas, qui n’a cependant pas à rougir face à ce formidable premier coup d’essai, qui aurait certainement régalé la génération Starfix… tout du moins s’il s’était égaré en dehors de son pays natal.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici