[Netflix sort les muscles] Avec le temps, Mark Wahlberg se détache progressivement de l’image persistante de tas de viande qui le dessert depuis ses débuts, et s’impose comme un successeur crédible des acteurs testostéronés de la génération précédente. Avec cette différence qu’il n’est pas metteur en scène de lui-même, comme ont pu l’être Eastwood, Stallone ou Gibson. Mais Wahlberg a trouvé avec Peter Berg, lui-même acteur passé à la réalisation, le partenaire idéal pour le mettre en valeur. Il n’est jamais aussi bien que dans les 5 films qu’ils ont tourné ensemble. Tous les deux ont trouvé un filon intéressant, et une relation mutuellement profitable. Peter Berg s’est déjà imposé depuis Saturday Night Lights comme l’un des meilleurs cinéastes d’action indépendants, même s’il est en train de se faire sérieusement concurrencer sur sa droite par S. Craig Zahler

Spenser Confidential donc, est adapté d’une série littéraire inventée par Robert B. Parker, universitaire spécialiste de Chandler et Hammett, qui a quitté l’enseignement pour devenir romancier à temps plein après le succès ininterrompu de ses premiers romans, dont cinq sont consacrés au détective privé Spenser, un ex-flic aux méthodes et aux associés pas trop dans les clous.  Deux caractéristiques majeures chez Parker, natif du Massachussets : d’abord, la ville de Boston, aussi essentielle pour Spenser que l’était Los Angeles pour Marlowe. Ensuite, le contexte social : Spenser est plutôt working class et ouvert dans le choix de ses proches: son principal partenaire est un boxeur noir, un autre est d’origine mexicaine, sa petite amie est juive et un de ses principaux alliés dans la police est homo. A la mort de Parker en 2010, sa veuve a décidé de poursuivre les aventures (40 livres !) de Spenser et a fait appel à l’écrivain Ace Atkins qui en a écrit 9 jusqu’à présent. Dont Wonderland, qui a servi d’inspiration pour le film de Peter Berg. On y fait connaissance avec Spenser qui sort de prison où il a purgé une peine pour avoir frappé un flic haut gradé.  A l’intérieur comme à l’extérieur, on lui a bien fait comprendre qu’il devait quitter la ville définitivement. Mais le meurtre brutal de son ancien chef attire d’abord sur lui les soupçons, avant d’être mis  sur le dos d’un ancien partenaire de Spenser retrouvé « suicidé » dans des conditions bizarres, qui incitent Spenser à enquêter de son côté. Avec l’aide de quelques acolytes improbables, il dévoile une affaire de corruption et de magouille immobilière impliquant quelques représentants notoires de la police de Boston.  

Classique, solide et riche de détails réalistes, l’intrigue a été co-scénarisée par Brian Helgeland, très à l’aise dans le genre et déjà familier de Boston pour avoir travaillé avec Eastwood sur Mystic River. L’intérêt du film est aussi documentaire en ce qu’il montre Boston avec le regard de Spenser qui, pendant son séjour à l’ombre, n’a pas vu la ville évoluer et découvre son quartier complètement embourgeoisé et couvert de restaurants bios. Berg, lui-même ancien boxeur et propriétaire d’une salle d’entraînement, sait de quoi il parle lorsqu’il montre ses personnages évoluer dans ce milieu. De la même façon, quand il met Wahlberg en situation de se battre, il ne fait pas de lui un surhomme qui gagne à tous les coups, mais lui donne souvent l’occasion d’encaisser, sans aller jusqu’à l’espèce de masochisme christique assumé avec un plaisir un peu suspect par Eastwood, Stallone ou Gibson. Dans le genre, le film est supérieurement écrit, mis en scène et interprété, et il confirme encore un peu plus l’idée que la bonne qualité se trouve maintenant plus souvent sur la câble qu’en salles. A propos d’interprète, il faut signaler la tornade qui joue la petite amie de Spenser. Iliza Sclesinger est une comédienne de stand-up confirmée, que le cinéma est tout juste en train de découvrir depuis un précédent film avec Wahlberg, qui l’a peut-être signalée. Il a bien fait : c’est une vraie découverte. Elle a un débit stupéfiant, une énergie colossale, une précision et un contrôle sans faille, tout en ayant l’air d’improviser. Elle est aussi un pilier essentiel de la dimension comique du film.

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