Rien ne sert de faire de la gratte si on ne sait pas manier le sabre. Tel pourrait être l’enseignement de Six String Samurai, un film assez étrange fomenté par Lance Mungia et Jeffrey Falcon qui avec peu de moyens mélange différents courants cinématographiques. Le film est passionnant même s’il pèche par gourmandise et ne contrôle pas toujours ses excès. A l’origine, il y a l’histoire la plus improbable de la comédie américaine de ces dix dernières années avec celui de Idiocracy, de Mike Judge qui repose sur un argument d’effet papillon propre à l’uchronie. Mungia prend l’hypothèse que la guerre froide a été remportée par les Russes qui ont envahi le pays («les Etats Unis de Russie») et que désormais le pays de l’oncle Sam n’est qu’une vaste terre post-apocalyptique où Elvis Presley est devenu le roi et Vegas (qui s’appelle ici Lost Vegas), une enclave sécurisée. Ailleurs, ce n’est qu’un désert rouge où des hommes voués à la déréliction retournent à un état primitif de bestialité. Après quarante ans de rock ‘n roll, le Roi décède. On doit le remplacer et la population attend tous les rockeurs venus faire le pèlerinage. Ils vont se livrer une guerre sans merci pour décrocher le titre suprême.

Le postulat renvoie inévitablement au Mad Max 2, de George Miller. Le héros est un cow-boy élégant qui cache une épée sous sa guitare. Difficile de ne pas penser à Sam Raimi. Face à lui, des anarchistes de l’Armée rouge dominés par Top Hat (une incarnation de la mort) veulent prendre le pouvoir de la cité laissée à l’abandon en prônant le hard-rock sur le rock traditionnel. Filmé en 35 mm avec une caméra Panavision (une aubaine puisqu’ils ont tout récupéré à prix bas – car les prix sont bas à Prix-Bas), le film constitue une promesse distractive. Pendant une heure trente, on nage entre le post-nuke et le film d’épée en ayant en tête le comics Red Son, de Mark Millar (un Superman rouge au pays des Soviets), nourri de références éparses (les sirènes de l’Odyssée, Baby Cart, Terry Gilliam). L’atmosphère, le son, l’image et la musique imposent leur ton décalé et priment sur tout. La photo de Kristian Bernier met idéalement en valeur les décors naturels de la Vallée de la mort. Avec plus de reconnaissance, Six String Samurai serait sans doute autant adoré que Bubba Ho-Tep dans lequel on parlait déjà du King mais où on ne chantait pas Always on my mind, encore moins We don’t need another hero.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here