Vous n’avez pas pu échapper à son imposante campagne publicitaire, la série horrifique Marianne se présente comme le mini-événement de la rentrée de Netflix. Et cocorico, c’est français!

PAR MORGAN BIZET

Débarquant sur Netflix après un été tonitruant où se sont enchaînées les sorties des grosses productions, Marianne est la nouvelle série entièrement française produite sous la bannière du géant du streaming. Et, contrairement à ses très oubliables prédécesseurs – notamment Plan Cœur, Osmosis ou Family Business – la série du réalisateur Samuel Bodin, qui a fait ses armes dans le milieu du court métrage, attisait vivement notre curiosité, principalement parce qu’elle attaquait de front le vilain petit canard du cinéma français: le film d’horreur.

Marianne raconte l’histoire d’Emma Larsimon, bébé Stephen King en plein bouleversement artistique lorsqu’elle désire mettre fin à la saga horrifique qui l’a rendue célèbre: le combat de Lizzie Larck contre une sorcière démoniaque nommée Marianne. Malheureusement, Marianne n’est pas de cet avis et s’incarne dans le corps de la mère de Caroline, une amie de l’enfance volontairement effacée d’Emma, et menace l’auteur de commettre les crimes les plus horribles si elle ne se remet pas à narrer la suite de son histoire. Emma part donc affronter sa création dans sa Bretagne natale et se retrouve confrontée à son violent passé.
Au départ, l’intrigue détonne par son approche plutôt singulière et méta de l’horreur, et se présente comme une continuité inattendue de L’Antre de la Folie de John Carpenter et de La Part des Ténèbres de George Romero. Samuel Bodin confirme d’ailleurs une maîtrise des codes des maîtres de l’horreur dès les premiers épisodes. L’inconnue et incroyable Mireille Herbstmeyer interprète une Marianne réellement terrifiante et malsaine (photo ci-dessous) et surnage face aux jeunes actrices et acteurs moins performants. Un vrai hold-up et ce n’est pas pour nous déplaire.

Bodin érige des hommages à L’Exorciste, à Carrie, à la J-horror, voire à Ari Aster, quand Emma revient passer une nuit chez d’étranges parents. Lors de ces scènes, la réalisation s’applique et montre une vraie capacité à transporter le cinéma d’horreur français vers un horizon plus heureux. Là où le bât blesse, c’est que ces moments d’horreur exaltante sont progressivement dilués dans une intrigue de plus en plus convenue, faite de secrets et de traumatisme d’enfance. Les interactions entre les protagonistes prennent le pas sur la peur pure, et la série s’essaie alors, sans réellement convaincre, aux genres de la comédie et du drame. L’ensemble devient informe à partir de l’épisode 4, coïncidant d’ailleurs avec la disparition de Mireille Herbstmeyer de l’image – Marianne hantant un autre corps. L’épisode 5 est une tentative intéressante de casser le récit en se focalisant sur le passé d’Emma. Mais l’ambiance Stranger Things un peu poussée donne une impression d’artificialité à ce flashback filé.

Les trois derniers épisodes n’arrangent rien et semblent étirer l’intrigue dans la souffrance. L’épisode 7 reste cependant le plus convaincant par son montage, morcelant une nuit d’horreur dans une école abandonnée, selon les différents points de vue des personnages. Enfin, l’épisode final offre une conclusion ratée à cette première saison. L’affrontement entre Marianne et Emma tourne au ridicule à travers un périple mental déceptif. Marianne se conclut d’ailleurs sur un cliffhanger sous fond de Pixies, qui laisse envisager la création d’une saison 2, qu’on souhaite quand même voir se réaliser. On pense effectivement que les défauts encombrants de cette première mouture (échec du grand frisson, mélange maladroit des genres, intrigue sans nerf) dépendent davantage d’erreurs de jeunesse que d’un manque de talent. Alors on wait and see car, dans ses meilleurs moments, Marianne fait parfois preuve de malice et de savoir-faire.

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