Bonding est une mini-série comique diffusée sur Netflix courant avril. Si elle n’a pas fait grand bruit, cette création de Rightor Doyle mérite pourtant qu’on s’y attarde.

PAR MORGAN BIZET

Bonding signifie «nouer des liens», et fait en même temps référence à la fameuse pratique SM du bondage. Derrière ce titre malin à double sens se cache le programme de cette comédie douce et tendre du même nom, sur un duo de marginaux, Tiff et Pete, aux mœurs peu communes. Les deux amis d’enfance se sont perdus de vue après le lycée, pour une obscure histoire qui nous sera révélée au long des sept épisodes de la première saison. Ils se retrouvent donc à New York. Tiff est étudiante en psychologie la journée et se transforme la nuit tombée en Maîtresse May, dominatrice assouvissant les phantasmes les plus décalés de ses clients. Pete accepte de devenir son assistant, son travail au café ne lui permettant pas d’assurer le paiement de son loyer à son colocataire — particulièrement perturbé par l’homosexualité de Pete. En renouant contact, les meilleurs amis vont, au fil des épisodes, apprendre à s’ouvrir aux autres et faire de leur différence une véritable force.

Le mérite de Bonding est d’aller plus loin que la simple coming out fiction. Bien sûr, la «déviance» de Tiff est un long gimmick porteur de suspense pendant l’intégralité de la saison. Son petit ami ou ses camarades arriveront-ils à accepter sa particularité? On ne saurait recommander au spectateur de s’arrêter uniquement sur cet élément de l’intrigue. Certes, Bonding n’est pas dénué de défauts, entre ses personnages secondaires pas franchement emballants — mise à part le personnage joué par D’arcy Carden, merveilleuse Janet de The Good Place — et ses codes SM a priori mal retranscris. Non, le charme certain de Bonding se cache bien ailleurs, dans les interstices de son intrigue vaguement conventionnelle. Il s’agit bien sûr dans les gags surprenants/osés, ou encore dans la vigueur avec laquelle la série dénonce le patriarcat toxique. Si Bonding est doucement polémique, elle est surtout politique et drôle.

L’atout majeur de la série réside surtout sur son couple d’acteurs formidables, Zoe Levin et Brendan Scannell. Ils interprètent avec justesse ces personnages brisés ou en proie aux doutes. Leur ascension au fur et à mesure de la saison est un vrai délice. La durée courte et variable des épisodes (entre 13 et 17 minutes) ne dessert jamais le développement de l’intrigue et des personnages. Bien au contraire, elle évite toute longueur et conforte la série dans son rôle de friandise pop et acidulée. On attendait toutefois à être surpris, au vu de la multiplication récente des séries basées sur de mêmes principes sulfureux. Le dernier épisode, étonnament elliptique et lorgnant vers l’horreur, laisse penser que Bonding a les moyens de réellement décoller. Doyle, Levin et Scannell auront tout le loisir de nous le prouver, car la saison 2 a d’ores et déjà été annoncée…

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