Alors qu’on était en droit de s’alarmer en voyant débarquer sur Netflix une mini-série documentaire centrée sur l’affaire DSK mise en scène par l’acteur et réalisateur Jalil Lespert, plus trop en vogue après le bide critique et public du Dindon en 2019, Chambre 2806: l’affaire DSK se révèle finalement plus intéressant que prévu.

A travers ses quatre épisodes, la série revient sur le drame du Sofitel qui eut lieu le 14 mai 2011, le viol de Nafissatou Diallo, femme de ménage, par l’un des hommes les plus puissants de la planète à cette époque, Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI et grand favori des élections présidentielles de mai 2012. Chambre 2806 a la bonne idée de s’intéresser plus globalement au cas DSK, homme politique et économiste au rayonnement international et monstre libidineux dont la soif de luxure a provoqué la chute.

La série s’intéresse dans un premier temps à l’ascension de DSK, ses faits d’arme, ses conquêtes amoureuses, décrivant un homme «brillant» et «séducteur», comme ses collaborateurs et amis de longues dates, interviewés, le décrivent – les momies du PS Jack Lang, Elisabeth Guigou, etc. En parallèle, Chambre 2806 distille, avec un sens du suspense douteux, les différents moments du drame qui a eu lieu ce 14 mai 2011 au Sofitel de New York. Dans ce premier épisode, l’ensemble tutoie le pire du documentaire policier sensationnaliste à l’américaine, musique rythmée, presque tonitruante, à l’appui. Pire encore, tout ce suspense découle sur un entretien avec madame Diallo, dans lequel elle décrit méticuleusement le viol dont elle a été la victime.

Si Chambre 2806 conserve fatalement cette forme un brin putassière, couplée à un montage de qualité s’hasardant souvent dans des images de coupe constituées de décor vides, froids, à la dramatisation forcée, la série parvient à masquer ses failles en dressant un pont entre l’affaire du Sofitel et le monde post-#MeToo. Entre la théorie d’un complot anti-DSK organisé par Sarkozy, le discrédit abusif et public de Nafissatou Diallo (aux USA, et surtout en France), et la légitimation du comportement de DSK, «l’Ancien Monde» n’a jamais paru aussi éloigné de nous, alors que ces évènements remontent à moins de 10 ans. A moins de 5 ans même, comme nous le rappelle le traitement, dans la dernière demi-heure de l’ultime épisode, de l’affaire du Carlton de Lille et son réseau de prostitution de luxe, auquel DSK a participé.

Chambre 2806 dresse un portrait effrayant des hommes de pouvoir, semblables à des ogres dévoreurs de femmes. La figure de DSK renvoie, forcément, aux Weinstein, Epstein, Besson et consorts. Comme le dit si bien Tristane Banon, autre victime du monstre Strauss-Kahn, sans ses aveux, et ceux de Diallo, le monde n’aurait peut-être pas connu de sitôt l’ébranlement dont il avait besoin avec le mouvement #MeToo. On pourra reprocher à Jalil Lespert son envie de garder une position neutre, mais en laissant une place importante aux interventions de Banon et Diallo, il leur offre un droit qu’on a trop souvent refusé aux femmes victimes d’abus. Chambre 2806 est certes imparfait, mais il est le documentaire sur l’affaire DSK que le monde post-#MeToo méritait. En revanche, on passera notre tour pour le film que prépare DSK pour 2021, avec lequel il compte se faire réhabiliter. M.B.

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