Après un Ça aux allures de bonbon générationnel, c’est un autre célèbre pavé de Stephen King qui regagne les salles obscures: Simetierre. Et en rejetant un petit regard en arrière, on s’est demandé si tout cela valait vraiment le coup. Allez, on sort la pelle et on creuse!

PAR JEREMIE MARCHETTI

Tout comme Carrie fut Ă  deux doigt de finir Ă  la poubelle, Simetierre, le livre, faillit rester dans un placard. L’histoire de ce «petit» grand Stephen King, on la connaĂ®t tous: une gentille famille s’installe près d’un cimetière d’animaux, dont les bois environnants cachent un autre cimetière, indien celui-lĂ , aux vertus aussi magiques que malĂ©fiques. La terre acide et rocailleuse du lieu maudit ressuscite en effet les corps qu’elle accueille. Lorsque le chat de la famille Creed finit en crĂŞpe sur l’autoroute, Papa Louis tente alors l’expĂ©rience, enclenchant un mĂ©canisme fatal malgrĂ© de nombreux avertissements venus d’outre-tombe… Stephen King s’est beaucoup retrouvĂ© dans ce personnage de père prĂŞt au pire pour tenter d’échapper Ă  la douleur du deuil, puisqu’il a repris certains Ă©lĂ©ments de son propre quotidien (le chat Ă©crasĂ© et le cimetière d’animaux en l’occurrence). Une authentification tel que l’auteur hait le livre: trop noir, trop mĂ©chant, trop dĂ©sespĂ©rĂ©. Et hop, aux oubliettes.

C’est en la faveur d’un litige avec son éditeur que King ressort la bête, qui connaîtra à son grand dam un succès foudroyant. Fait croustillant: en 1983, le film de Pupi Avati, Zeder, réutilise l’idée d’un terrain capable de redonner vie aux morts, dans une direction cependant totalement différente. On ne peut pourtant s’empêcher de remarquer que la dernière scène est identique au roman de King, écrit à la fin des années 70 mais publié la même année que la sortie du film! Rien d’impossible à ce que Avati se soit senti soudainement influencé par l’écrivain…

Fin des années 80, le projet de Simetierre relance la folie King: Tom Savini et George Romero voient le projet leur passer sous le nez, qui reviendra curieusement à la clippeuse Mary Lambert, dont le clip de Like A Virgin pour Madonna avait fait hurler les conservateurs de tout poil. En 1987, on lui gratifie d’un casting monstre (Ellen Barkin, Gabriel Byrne, Martin Sheen, Jodie Foster, Grace Jones, Julian Sands ou Isabella Rosselini!) pour un Siesta aussi intriguant que raté, sa parachutiste amnésique terminant alors sa course dans les gradins du festival d’Avoriaz en raison de son twist. Du coq à l’âne, voilà la réalisatrice dans l’antre du King, qui veille si bien au grain qu’il s’empare lui-même du script de Pet Sematary, Paramount emballant alors le tout sans changer quoique ce soit à une histoire pas dès plus optimiste. Après une projection test, on demandera pourtant à Lambert de reshooter la scène finale, initialement plus sobre, pour y ajouter une pincée de grand-guignol (le maquillage dégoulinant de Denise Crosby, le baiser nécrophile et enfin le geste mortel), la réalisatrice ayant souhaité à l’origine davantage d’ambiguïté dans la chute.

Sans star au compteur (si ce n’est Fred Gwynne, le monstre de Frankenstein de la sĂ©rie The Monsters), Simetierre restitue Ă  merveille l’atmosphère dĂ©liquescente du roman et n’a manifestement peur de rien, tant par sa vision frontale du deuil (la scène de dispute glaçante aux funĂ©railles) que dans ses effets horrifiques (l’infâme Zelda et son corps disloquĂ© qui a traumatisĂ© toute une gĂ©nĂ©ration ou le petit Cage mourant une deuxième fois dans les bras de son père tout en retrouvant Ă©trangement ses rĂ©flexes humains). Seul hic: une absence d’ambition visuelle proche d’un tĂ©lĂ©film (curieusement tout l’inverse de son Siesta), chose plutĂ´t ironique de la part d’une ancienne clippeuse. Mais c’est Ă  se demander si cette banalitĂ© plastique ne contribuerait pas quelque part au malaise ambiant…

Sans King, Lambert rempile pour un Pet Sematary 2 que personne n’avait demandé, si ce n’est la Paramount, sans doute bien content des beaux scores du premier film. Souhaitant d’abord revenir sur la seule survivante du premier opus, la petite Ellie (qui semblait d’ailleurs posséder le shining à l’origine), les studios froncent les sourcils et préfère greffer une nouvelle histoire située géographiquement à quelques encablures des événements du premier film, reproduisant grossièrement le même schéma avec deux familles que tout oppose. Si les éléments qui faisaient la puissance du premier film se diluent dans les effets faciles et le grand-guignol, le spectacle reste divertissant et d’une cruauté presque déviante (zombie violeur, ado défiguré à la roue de moto, chatons grignotés) et curieusement plus léché que le premier film (le chef op de Titanic ça aide!).

On pourrait s’en tenir lĂ  si les rumeurs d’une nouvelle adaptation/remake de Simetierre ne commencèrent pas Ă  traĂ®ner vers la fin des annĂ©es 2000: le nouveau script passe entre les mains d’Alexandre Aja, de Juan Carlos Fresnadillo ou d’Andy Muschietti, qui se rabattra d’ailleurs sur Ça. Des dĂ©sistements suspects, et un projet qu’on pensait alors enterrĂ©…jusqu’à que le tandem Kevin Kölsch/Dennis Wydmer reprennent le flambeau. On attendait fĂ©brilement que les deux larrons passent Ă  leur seconde rĂ©alisation après le très intĂ©ressant Starry Eyes, un Mulholland Drive gore mâtinĂ© de Cronenberg et de Zulawski. Mais on refrène vite nos hardeurs Ă  la vue du trailer, imposant une multitude de tics et de poncifs en tout genre.

Pas de malentendus néanmoins, il s’agit bien de tout le portrait craché du résultat final, soutenu il est vrai par un bon casting (en particulier Jason Clark) mais se débattant dans une esthétique sans relief et une armada d’effets grossiers. Pire encore, on contemple bel et bien un remake et non une nouvelle adaptation, tant les clins d’oeils au premier film abondent. Un chat mort-vivant presque mignon, un Victor Pascow assez raté, une Zelda tout droit sorti d’un film de J-Horror, des gamins masqués surgissant d’un mauvais film fantastique espagnol: c’est le film qui s’enlise lui-même dans la terre du cimetière. Seule bonne idée au compteur: les terres du Windigo font l’objet d’un décor particulièrement soigné, en tout cas bien plus dans son précédesseur. Maigre compensation.

ConsidĂ©rant une telle pirouette comme une bien meilleure idĂ©e (spoiler: non), les successeurs de Mary Lambert Ă©crabouillent la petite Ellie plutĂ´t que son frère Cage, Ă´tant toute l’aura malsaine du concept initial qui voulait qu’un gosse de 2 ans reviennent hanter ses parents! On verra donc la vilaine galoper et dĂ©biter des âneries comme n’importe quelles pestes Ă  cheveux longs vomies par les vingt dernières annĂ©es du cinĂ©ma de genre, jusqu’au final certes bien diffĂ©rent de la monture d’origine (plusieurs fins ont Ă©tĂ© tournĂ©, c’est dire l’inconstance gĂ©nĂ©rale) mais dont la mĂ©chancetĂ© revendiquĂ©e passe une fois de plus Ă  cĂ´tĂ© du dĂ©sespoir dans lequel baignait le livre de King. Après les Ă©checs de La tour Sombre, condensĂ© tristement dans un blockbuster sans âme, et de Castle Rock, la sĂ©rie sur le King-universe qui a endormi tout le monde, pas sĂ»r que ce revival Kingien se fasse finalement sans douleur…

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