Disponible sur la plateforme Mubi, Shiva Baby, qui a fait le tour des festivals et traine une réputation élogieuse de film-malaise chaos, séduit dans son côté ingrat mais ne réussit pas tout ce qu’il entreprend.

Petite bête de festival, Shiva Baby de Emma Seligman a tout du premier film intrigant, ici une comédie névrosée qui pour une fois ne cherche pas à faire de l’oeil à Woody Allen. L’idée en elle-même a de quoi chauffer la braise du chaos: filmer une réunion de famille gênante comme un thriller anxiogène. C’était par exemple le cas du méconnu Krisha (Trey Edward Shults, 2015), un autre film indé bizarre-vous-avez-dit-bizarre où une femme âgée retrouvait les siens et que la tension montait à un point inexorable alors que rien (ou si peu) ne se passait à l’écran. Là où Trey Edward Shults assumait pleinement la dimension cauchemardesque de son récit, Emma Seligman, elle, barbote dans la comédie stressée. Mais on aime aussi.

Venant de lever son daddy, Danielle empoche les sous et repart à la conquête du monde. Mais Danielle n’est pas exactement une femme libre et indépendante, du moins pas encore. En dernière année de lycée, elle joue les micheto pour échapper à un quotidien de plus en plus ennuyeux et incertain. Lorsqu’elle doit se rendre à une cérémonie d’enterrement, la dite shiva, c’est la tuile: elle redevient le baby, la lycéenne nerveuse, l’enfant de sa mère. Les parents, gentils mais bien trop volubiles, donnent le ton. Les invités se chargeront du reste. Assaillie par les mains baladeuses et les langues fourchues, Danielle croise une amie d’enfance avec qui elle a fait bien plus que créer des liens platoniques… mais y aperçoit surtout son client et amant, surgissant avec femme et bébé au bras!

Se paralyser? S’enfuir? Ou s’adonner au saccage? La Shiva Baby voltigera un peu à travers toutes les options. Double-jeu, triple-jeu, hors-jeu. On attend bien sûr qu’elle tire son joker. Si on apprécie la manière dont Seligman ne fait pas de son héroïne une totale victime, on se heurte à un vrai sentiment de frustration: le fait de croiser l’improbable Jackie Hoffman (une des sex addict du fabuleux A Dirty Shame de John Waters) nous oriente en fausse piste, et donne des envies d’éclaboussures… jamais assouvies. Si les interactions parfois hilarantes avec des jewish mama envahissantes font bien rire jaune, le petit jeu de l’étau finit par lasser. Shiva Baby est plus pétard que dynamite, et on aurait tant voulu que bien autre chose explose qu’un minuscule vase. Le buffet de casse-pieds sied bien à la métaphore de cet entre deux étouffant que représente la fin de l’adolescence mais dieu qu’on est loin de la caméra karcher du réalisateur Todd Solondz (Palindromes, Happiness).

Shiva baby de Emma Seligman, disponible sur Mubi

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