Alors que le peu aimé La nuit déchirée (Mick Garris, 82), adaptation cinématographique d’un scénario de Stephen King, sort en Blu-ray, il est temps de faire un petit point. On ne compte plus les adaptations des romans du roi de l’angoisse, avec ou sans son autorisation. Passage en revue, non exhaustif.

Le plus beau Carrie au bal du diable (Brian De Palma, 1976)
On pourrait le dire daté et pas si spectaculaire que ça. Mais le maniérisme baroque de De Palma a fait du roman, plutôt moyen, de King un teen movie triste et dévastateur toujours aussi inébranlable.

Le plus «revoyez-le tout de suite maintenant» Christine (John Carpenter, 1983)
Le «Carrie masculin» de King (si on veut). Une série B d’une classe infinie, aux images ciselées et hypnotiques, qu’on range très bizarrement et trop facilement dans les petits Big John. Eh, remontez en bagnole, ça vaut le coup. Vraiment. Infiniment. Totalement.

Le plus contesté Shining (Stanley Kubrick, 1980)
Le Shining de Kubrick, c’est un peu l’élève brillant qui n’a pas voulu suivre les consignes de son professeur. Désintéressé par le bouquin, désintéressé par les personnages (surtout celui de Wendy, réduite à une serpillière hurlante), désintéressé par King, Kubrick en fait son jouet, devenu l’indémodable et vertigineux cauchemar que l’on connaît. En 97, le brave Mick Garris en fera une version ultra fidèle pour la télé pour venger l’honneur du King. Un résultat plus sympathique qu’on ne le dit…

Le plus émouvant Stand By Me (Rob Reiner, 1986)
On peut dire ce qu’on veut, mais le paquet de kleenex reste toujours vide lorsque le générique de fin de Stand By Me défile. Un teen movie amer et mélancolique, fifties jusqu’au bout de la gomina, loin des clowns bouffeur de gosses. Quelle merveille.

Les plus «noir c’est noir» The Mist (Frank Darabont, 2007) – Simetierre (Mary Lambert, 2009)
On pourra toujours reprocher à Frank Darabont son petit budget ô combien visible (photo et fx très télévisuels), mais on ne se remettra jamais de cette montagne russe du désespoir en guise de final pour The Mist. Pour la première fois, une adaptation ose aller plus loin que la nouvelle qu’il adapte, le tout à une époque on l’on attendait plus rien de l’addition King + Cinéma. À tel point qu’aujourd’hui, la simple évocation de Lisa Gerard fait frissonner et nous renvoie dans cette brume venue d’ailleurs, sous les pieds des géants. En 1990, une autre adaptation mettait elle aussi tellement mal à l’aise qu’on avait la crainte d’y retourner. C’était le coup de génie de Mary Lambert qui avec Simetierre s’emparait d’une œuvre si morbide que même King l’avait renié. Pari réussi.

Les plus «Kathy Bates Show» Misery (Rob Reiner, 1990) – Dolores Claiborne (Taylor Hackford, 1995)
Un Oscar et un Golden Globes: le décollage sensass de Miss Bates passera par la voie Kingienne. Après Stand By Me, Reiner récidivait brillamment avec Misery, grand thriller «casse-pieds» toujours aussi réjouissant. Après un cameo dans Le Fléau en animatrice radio, l’actrice, génialement éloignée des standards hollywoodien, frappe un fois de plus très fort dans Dolores Claiborne, drame familial somptueux et rude où elle fait face à la géniale Jennifer Jason Leigh. En l’état, le roman est splendide, le film peut-être encore meilleur. Bonne pioche.

Les plus à réhabiliter Le Bazaar de l’épouvante (Fraser Clarke Heston, 1993) – Les ailes de la nuit (Mark Pavia, 1997) – Jessie (Mike Flanagan, 2017)
S’attaquant à un pavé indigeste (faut le dire) du maître, Le bazaar de l’épouvante s’en sort avec les honneurs même dans sa version salles (le film atteignait les 3h en version tv). Et difficile de ne pas avoir une certaine tendresse pour le très glauque Les ailes de la nuit (ah ce final…), où un journaliste poubelle a la malheur de rencontrer un Dracula volant. Enfin, on vous conseille de voir fissa Jessie, adaptation de Gerald’s Game, pas franchement le roman le plus connu de Stephen King, ni le plus lu. Écrit en 1991, il représente le second volet de sa trilogie féministe composée également de Dolores Claiborne et Rose Madder. Plus ce film avance, plus on se fait une raison: il est si rare de retrouver exactement les mêmes sensations d’un livre de King une fois transposé sur l’écran. La terrible scène de l’éclipse est bien là, les moments de flippe aussi – parfois à vous en faire pleurer – et l’entracte gore vous fera évidemment tourner de l’œil.

Les plus «honnêtes» La part des ténèbres (George A. Romero, 1993) – Dead Zone (David Cronenberg, 1983)
Soit respectivement George A. Romero et David Cronenberg. Deux réalisateurs qui sortent de leur zone de confort (l’horreur sociale pour l’un, les tourments de la chair et de l’esprit pour l’autre) pour adapter Stephen King et livrent deux film solides et racés. On pourra peut-être lui préférer Dead Zone avec son Christopher Walken magnétique et Charlie Sheen en Donald avant Trump.

Les plus eighties Cat’s eye (Lewis Teague, 1985) – Firestarter (Mark L. Lester, 1984) – Peur Bleue (Daniel Attias, 1985) – Cujo (Lewis Teague, 1983)
Le label King est lancé, et on ne l’arrête plus. Ce qui explique l’hallucinant enchaînement d’adaptations au début des 80’s, grâce à Dino de Laurentis, toujours prêt à flairer le bon coup. Le bilan est joyeusement positif: des films bien emballés qu’on revoit toujours avec grand plaisir, même s’ils frôlent la cata (Firestarter sauve le coup avec un final incendiaire, Silver Bullet rachète ses maquillages minables avec une chouette ambiance). Cujo et son huis clos baveux donnent toujours envie de s’accrocher au siège. Cat’s Eye amuse la galerie avec ses histoires gentiment cruelles.

Le plus franchisé Les démons du maïs (Fritz Kiersch, 1984)
Qui aurait cru qu’une simple nouvelle (présente dans le recueil Danse Macabre) puisse ouvrir la voie à une saga de plus de 9 films?! Un mystère complet qu’on ne vous invitera pas à vérifier, excepté peut-être pour le premier film, remake ricain pas assumé des Révoltés de l’an 2000 qui brille par une ambiance inquiétante et de jeunes acteurs aux gueules déglinguées. Pour le fun, laissez vous tenter par les épisodes 2 et 3, de gentils hits de vidéos-clubs 90’s, mais évitez d’aller plus loin sous peine d’ingestion de pop-corn périmés.

Les plus «une petite place pour Stephen» Creepshow (George A. Romero, 1982) – Darkside (John Harrison, 1990)
Deux anthologies, sinon rien. D’abord avec copain Romero où King s’est amusé à rafistoler des histoires issues des bd Tales from the Crypt, qui vaut aujourd’hui principalement pour son visuel cartoonesque. Puis dans une adaptation ciné d’une série d’horreur populaire outre atlantique, le temps d’un récit, King lance un chat noir à l’assaut d’une famille bourgeoise. C’est évidemment très con et en même temps peu de chance de revoir au cinéma un matou bouffer les entrailles d’un quidam de l’intérieur.

Les plus frustrants Salem’s Lot (Tobe Hooper, 1979) – IT (Andy Muschietti, 2017) – Un élève doué (Bryan Singer, 1998) – Doctor Sleep (Mike Flanagan, 2019) – 1922 (Zak Hilditch, 2017)
Tobe Hooper était un choix parfait pour adapter le sublime Salem’s Lot. Pas les contraintes télévisuelles. Résultat? Une adaptation fidèle et polie qui rame à retrouver la sève morbide du bouquin. Même constat mais en pire pour le mastoc Ça, petit frisson de millenials prompt à ramener à de l’horreur grand public. Sorti du succès de Usual Suspects, Bryan Singer tente d’adapter une des nouvelles les plus extrêmes de King, où un lycéen psychopathe fait chanter un vieux nazi. Trop risqué et ne supportant point la liposuccion hollywoodienne, le résultat fait flop malgré un bon cast. Quant à Doctor Sleep, la suite de Shining, si on est heureux d’échapper à une uncanny valley sordide (même si voir l’actrice de Starry Eyes, Alexandra Essoe, imiter Shelley Duvall, a quelque chose de sacrément bizarroïde) et si on apprécie de voir la Warner donner les moyens aux ambitions d’une œuvre horrifique, le travail de fan-service, assez maniaque, s’apparente alors dans la dernière partie du film à un énorme gâteau gourmand qui ravira sans doute beaucoup de fans… et filera une indigestion carabinée à d’autres. Enfin, 1922 s’attaque à une nouvelle du recueil Nuit noire étoiles mortes, dont on comptait déjà deux adaptations carrément passé inaperçues: Good Marriage (pour Bon Ménage) et Big Driver (pour Grand Chauffeur). De toutes, sur le papier, 1922 était la plus originale et la plus marquante. Un très grand soin dans l’adaptation de la fable cruelle de King, écrasant des champs de maïs très photogéniques sous un Scope majestueux mais cette tragédie familiale sur fond de terre à revendre peine à passionner.

Les plus «MEH» Running Man (Paul Michael Glaser, 1987) – Maximum Overdrive (Stephen King, 1986) – Le cobaye (Brett Leonard, 1992)
Dans l’intérêt général, on les évite, mais la fascination (malsaine) demeure. Running Man transforme un brûlot incendiaire en sous-Rollerball dans la production la plus oubliée de Schwarzy. Maximum Overdrive donne l’occas à King de briller derrière les caméras, et rate son coup passé une introduction apocalyptique (avec des gosses écrasés au rouleau compresseur et un distributeur de canettes psychopathe). On finit avec un festival de camion qui font tutut sur fond de AC/DC. C’est non. Le cobaye quant a lui, est une fausse adaptation de King voulant faire mumuse avec les premiers effets spéciaux par ordinateur: c’était assez affreux à l’époque, encore plus aujourd’hui, mais pas autant que sa suite.

Les plus «on s’en fout quand même un peu» Dreamcatcher (Lawrence Kasdan, 2002) – 1408 (Mikael Hafstrom, 2007) – Fenêtre secrète (David Koepp, 2004)
Alors que le grand nabab hollywoodien Lawrence Kasdan nous sert des aliens venus du cul (Dreamcatcher), David Koepp (Fenêtre secrète) et Mikael Håfström (1408) nous font du sous-(sous) Polanski. Les gars, c’était vraiment pas la peine.

Les «plus jamais ça» Le fléau (Mick Garris, 1993) – Les Tommyknockers (John Power, 1993) – Les Langoliers (Tom Holland, 1995)
On aime bien la sublime intro de The Stand, avec son charnier filmé sur fond de Don’t fear the reaper. Moins les 4h qui suivent. Personne n’apprend de cet échec (tant que l’audimat fait oui oui), et on se retrouvera avec Les Tommyknockers et Les langoliers, deux autres mini-séries maxi dégâts pas loin du bon nanar boursouflé.

Les plus «I want my Oscar»: Les évadés (Frank Darabont, 1994) – La ligne verte (Frank Darabont, 1999)
D’abord scribouillard pour séries b horrifiques, Darabont se révèle élève appliqué et classieux avec deux adaptations très éloignées de la verve horrifique du King mais qui feront du bruit. De beaux films académiques qui auront la chance de marquer alors toute une génération mais ne rafleront paradoxalement aucun Oscar.

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour chers évangélistes du Chaos, vous ne parlez pas de “Thinner” et de “The Mangler”, pourtant réalisés par Tom Holland et Tobe Hooper. Sont-ils si honteux que ça ?

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