Croyez-nous: le tour de force de Roseanne Liang, réalisatrice aux commandes du rollercoaster Shadow in the cloud (disponible en Blu-ray) mérite votre attention. Une série B parfaite pour le samedi soir devenue film maudit direct-to-Blu-ray. Mais pourquoi un tel opprobre?

C’est l’un de ces films dont on se dit qu’il aurait gagné à être découvert par tous dans une salle de cinéma bondée et dont on peut parier qu’il aurait donner envie de pousser des cris, du genre «vroom» (à fond la caisse), «pschiit» (prenez garde à la fermeture automatique des portes), et «hiiiii» (c’est comment qu’on freine?). Le regret est alors d’autant plus grand de voir Shadow in the Cloud débarquer, comme si de rien n’était, directement en Blu-ray dans l’Hexagone dans un grand silence en pleine ère Covid-affligé où la kultur est de toute façon un vilain gros mot (faites-pas-chier-avec-vos-salles-fermées). Alors qu’en réalité, pas de meilleure pub pour la salle que ce rollercoaster entre film d’horreur et film de guerre qui coche toutes les cases du merveilleux Midnight movie ascendant chaos, et parfaitement dans l’air du temps: féministe à mort, remède aux super-productions de super-héros glissant leur corps dans des prothèses mécaniques, multipliant leurs forces musculaires et surtout leur puissance de feu.

L’action se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943, en Nouvelle-Zélande. Un bras dans une écharpe, l’autre transportant un mystérieux paquet, une jeune mécanicienne (Chloë Grace Moretz) s’amène sur une piste d’atterrissage brumeuse au plus noir de la nuit et embarque dans un bombardier rempli de mâles. Placée dans la tourelle boule, la demoiselle, armée de cette prodigieuse patience qui un jour mettra tout le monde KO, devra affronter l’horreur: une créature sous l’une des ailes de l’avion. C’est le début du festival psychotronique et pas envie d’en dire plus. Ciao baille-baille, bonjour chez vous et bons baisers de partout.

On se contentera de sourire devant la volonté manifeste de jouer avec l’origine dudit monstre dans l’avion, ce gremlin de la pire allure, émanant de cette bonne vieille légende de l’aéronautique militaire née en Grande-Bretagne durant la Seconde Guerre mondiale, servant à justifier les incidents dont étaient victimes les pilotes de chasse de la Royal Air Force (RAF), accusé de détériorer les voilures, de casser les moteurs, etc. C’est à partir de là que la littérature et le cinéma se sont emparés dudit mythe, les gremlins étant même utilisés durant la guerre dans des dessins animés de propagande anti-nazie de la Warner, mettant en scène également Bugs Bunny – auxquels le film fait d’ailleurs subrepticement allusion dans un hilarant prologue (1). De même qu’un épisode de La quatrième dimension, Nightmare at 20,000 Feet (1963), écrit par Richard Matheson (2), jouait déjà sur le même ressort (un passager qui est pris pour un fou après avoir une créature).

Une dimension fantastique qui, à la base, a dû séduire Max Landis, fils de John Landis et scénariste de Chronicle, à l’origine du scénario de Shadow in the cloud éjecté par le producteur Brian Kavanaugh-Jones, tel un mauvais passager de l’avion, après des accusations d’agressions sexuelles, de manipulation, et de viol. La réalisatrice et coscénariste Roseanne Liang planchait déjà sur le scénario, elle en a profité pour remanier le canevas à sa guise en instillant un sous-texte sur la masculinité toxique. Cela n’a pas suffi pour effacer l’ardoise, condamnant ce réjouissant divertissement à l’avance, lui donnant à trainer le poids de son instigateur, de sa conception à sa distribution (c’est l’époque qui veut ça); Landis restant toujours crédité au générique, selon les règles de la WGA (Writers Guild of America). Et ainsi, de se ramasser une sale réputation pour cette raison – un jugement catégorique, le plus souvent de la part de quidams n’ayant pas vu le film (regardez les affreuses notes accordées au film un peu partout). Dommage pour la facture de qualité, le vrai plaisir de cinéma consistant à confier le rôle d’un Bruce Willis ou d’un Tom Cruise à Chloë Grace Moretz, totalement adéquate en simili-Ripley (Alien) ou de voir une réalisatrice, droguée à Jackie Chan, à Bruce Lee, aux films d’action de Hong Kong et aux superproductions Hollywoodiennes façon Die Hard. aux commandes d’un film d’action aussi généreux et partageur soutenant, qu’au cinéma, tout était possible même la plus impossible des missions.

Bonus: Making of avec interview de Roseanne Liang, Chloë Grace Moretz et Tom Hern (18’)
Visite du studio de tournage avec Benedict Wall (2’39”)

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