Décortiquer les premiers émois adolescents, voilà la formule qui a fait (en partie) le succès et la réputation de Netflix. Le géant du streaming propose aujourd’hui d’aller encore plus loin avec Sex Education, qui porte pour le coup très bien son titre.

PAR ALEXIS ROUX

A l’heure où ses compagnons de lycée explorent à travers leur sexualité un nouveau pan de leur existence, Otis Millburn (Asa Butterfield) demeure complètement terrorisé par « la chose », à tel point qu’il ne parvient même pas à se masturber. Mais Otis a paradoxalement acquis une grande connaissance sur le sujet par le biais de sa mère, sexologue de renom et croqueuse d’hommes invétérée (Gillian Anderson), pour qui le sujet n’a jamais été tabou. Ainsi, sous l’impulsion de Maeve, la rebelle du lycée (Emma Mackey), Otis devient, moyennant salaire, le thérapeute attitré de ses camarades de classe.

Derrière ce pitch pour le moins accrocheur se cache peut-être une des séries les plus pertinentes et éclairées sur la question de la vie sexuelle adolescente. Soutenue par une galaxie de personnages hauts en couleurs, Sex Education retranscrit avec une vraisemblance qui force le respect les premiers ébats des jeunes du monde moderne qu’est le nôtre, marqué par le porno, la mondialisation culturelle et la libération des mœurs. Il ne sera jamais ici question d’idéaliser l’acte sexuel (tout le contraire d’une œuvre comme Lady Bird) qui n’est ici jamais une fin en soi, seulement un moyen de mieux se connaître et d’échanger. Consciente de s’adresser à une génération pour qui la nudité n’a plus grand-chose de scandaleux (en tout cas pour une grande majorité d’entre eux), la série ne se pose aucune barrière, revendiquant un vocabulaire cru et sans euphémismes et assumant la représentation frontale du corps, féminin comme masculin. Restons tranquilles cependant, on n’est pas chez Gaspar Noé non plus et si certains trouveront sûrement la série encore trop soft, il convient quand même de saluer l’effort. Par ailleurs, la série parvient, derrière son apparence de produit pop acidulé à brasser bon nombre de sujets des plus sérieux et cruciaux, en évitant souvent le pathos. Ainsi nous retrouverons nous sans s’y attendre dans les couloirs d’une clinique d’avortement, sans doute un des épisodes les plus réalistes et douloureux de cette saison.

Sex Education repose avant toute autre chose sur ses comédiens, tous très talentueux – outre Emma Mackey et Asa Butterfield, la révélation Ncuti Gatwa brille d’excentricité dans le rôle d’Eric, le meilleur ami ouvertement homosexuel d’Otis. La présence de Gillian «Dana Scully » Anderson est également à noter, elle qui semble s’amuser comme une folle en incarnant cette figure maternelle décomplexée et quelque peu intrusive, qui embarrasse Otis au plus haut point.

Malheureusement, ce bel ouvrage tend à souvent se fragiliser, surtout d’un point de vue esthétique. Une image numérique irrémédiablement lisse, des couleurs éclatantes et un peu rétro, des plans qui s’étirent et multiplient les mouvements compliqués… Tout ceci est certes très agréable à l’œil mais empêche la série de se distinguer véritablement de la concurrence (on pense souvent regarder une version plus adulte et moins expressionniste de Stranger Things). En vérité, Sex Education transpire par tous les pores le cahier des charges imposé par Netflix dès lors que la moyenne d’âge de son public-cible ne dépasse pas les 25 ans. Et si la créatrice Laurie Nunn a réussi à s’en dépêtrer sans perdre complètement la face, il faudra malheureusement supporter quelques séquences guimauves indigestes, nombre de sous-intrigues encombrantes et surtout la sempiternelle histoire d’amour contrariée, digne d’une rom-com à l’ancienne et qu’on aurait bien voulu voir disparaître. Et comme on pouvait aussi s’y attendre, la bande-son aux allures de jukebox se fait souvent trop présente – par pitié, arrêtez de passer Take On Me dans vos soirées étudiantes !

Mais ce serait faire preuve d’une grande injustice que de se concentrer sur ces travers au dĂ©triment des nombreuses qualitĂ©s du programme. Avec son habiletĂ© Ă  marier les points de vue, Ă  traiter d’un sujet aussi complexe avec finesse et perspicacitĂ© et son aisance avec certains problèmes bien plus graves (l’homophobie, le harcèlement scolaire), Sex Education a tout d’une grande sĂ©rie pour adolescents, si tant est que la deuxième saison corrige les faux-pas de la première et son final trop attendu…

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