Adaptée d’un classique de la littérature chinoise taoïste, une comédie érotique grasse comme un loukoum qui s’impose comme l’un des parangons de la catégorie 3 hongkongaise. Assez volatil mais rigolo.

Dans Les Mille et une nuits, Pier Paolo Pasolini mettait en scène des contes érotiques baroques transgressant bien des tabous et présentait dans un climat sensuel une vision totalement décomplexée du sexe avec le talent d’esthète coutumier du cinéaste transalpin. Sa trilogie hédoniste (Les contes de Canterbury, Le Décaméron et Les Mille et une nuits) fonctionnait idéalement en contrepoint au terrible Salo et les 120 journées de Sodome où le sexe servait à appuyer une dégradation de l’homme par l’homme renforcée par le contexte fasciste. A l’époque, le décalage avait beaucoup impressionné. Sans arriver aux mêmes extrémités, on retrouve le même cas de figure avec le cinéaste Michael Mak qui avant de signer Sex and Zen, s’était brillamment illustré avec le très violent (mais totalement différent) Long Arm of the Law. Pour comprendre la genèse d’un tel projet, il faut replacer le film dans son époque et le voir comme une déclinaison polissonne du Chinese Ghost Story de Tsui Hark avec, comme lien intrinsèque entre les deux films, une scène surprenante dans un baquet d’eau. On s’étendra moins en revanche sur ses suites plus soft et anodines dont Sex and Zen 2, réalisé en 1996 par le même Michael Mak, qui prétend pasticher ouvertement un autre Tsui Hark: The Lovers – malgré les débuts de Shu Qi, focalisez-vous de préférence sur le premier volet.

L’action de Sex and Zen premier du nom prend place dans la Chine Médiévale pour montrer des personnages désarmés face à leur libido où la virilité se mesure à la taille du sexe. Mais, fustigeant scrupuleusement l’esprit de sérieux, ce film est surtout fondé sur un argument dérisoire (un noble peut ne pas tolérer que son domestique ait un membre plus impressionnant que le sien). Parce qu’il en a marre de ne pas baiser, un jeune noble quitte son maître pour profiter des plaisirs de la chair en convolant avec une femme mariée libertine. Problème: en raison d’un pénis de taille minuscule, il se trouve trop peu viril et ne sait comment remédier à ce fâcheux problème. Alors qu’il tentait de le supprimer, notre homme blesse un valet en lui donnant involontairement un coup de couteau dans le sexe. Horreur et stupéfaction: il l’emmène chez une sorte de savant-fou qui, par miracle, peut le guérir de cette malédiction en lui greffant un sexe d’étalon. Par chance, la greffe réussit. Content d’avoir retrouvé sa virilité, l’homme arbore de nouveau son visage débonnaire, se balade avec son entrejambe qui se durcit à la moindre occasion et fait l’amour à satiété. Mais, comme dans tous les contes, l’issue sera fatale et tragique et sa nana entre temps sera devenue la plus noble des putains.

Les personnages vivent plus ou moins mal leur envie de sexe et s’accommodent comme ils peuvent de certaines frustrations (l’absence du partenaire qui travaille au corps); mais, en creux, cette amusante galerie de fantasmes permet de disséquer des obsessions typiquement masculines inféodées au regard féminin: guérisseur, purificateur, nourricier, soumis ou voyeur. Refusant toute raideur théorique, le film assume son statut de comédie érotico-potache en combinant avec un certain talent l’humour paillard et de longues séquences érotiques, souvent inventives, rarement ennuyeuses, dans lesquelles par exemple un homme et une femme se donnent du bien en se faisant du mal ou alors en exécutant des acrobaties extravagantes autour d’une chaîne. Toujours à la lisière de la pornographie (dans laquelle, précisons-le, il ne tombe pas), Sex and Zen vise l’excitation à grand renfort de cadrages vicieux, de voiles et d’astuces pour stimuler l’imagination du spectateur qui s’il en voit moins imagine plus. Ainsi, cette scène d’amour où deux demoiselles goûtent aux plaisirs saphiques en se partageant généreusement une flûte, cette autre séance spéciale en calligraphie où une amante dévergondée à la fois amoureuse et impatiente écrit une lettre en introduisant un pinceau dans son orifice ou encore une castration de cheval qui tutoie les délices du Grand Guignol. De quoi revisiter la petite boutique épicurienne des fantasmes: du bondage à la flagellation, du saphisme au sadomasochisme. A l’œil, l’ensemble est euphorisant même si, après une séquence kitsch digne du Gwendoline de Just Jaeckin, l’émotion affleure soudainement pour rappeler à quel point cette métaphore sur l’impuissance à satisfaire le désir possède une mélancolie qu’il est inutile de nier. L’honneur reste pourtant sauf : baiser, ça fait du bien. Morale qui, il est vrai, ne souffre d’aucune contestation…

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