En 2019, tout maître du cinéma contemporain se doit d’avoir eu sa propre série. Dans le sillon du pionnier David Lynch, nous avons pu voir en plus de 25 ans de grands cinéastes produire ou réaliser certains épisodes de l’objet audiovisuel le plus à la mode du moment. Aujourd’hui, les séries se paient le luxe de monopoliser un David Fincher sevré de projets cinématographiques (Mindhunter, comme une suite spirituelle de Zodiac), ou alors de devenir un aparté aventureux entre deux films d’un auteur (c’était le cas en 2019 de Too Old To Die Young de NWR). D’ailleurs, la relation commence à s’inverser, et ce sont les réalisateurs issus de l’école de la série TV qui viennent envahir le grand écran, comme avec les Frères Russo, qui ont rejoint la saga filmique la plus assimilable à une série TV possible, le MCU.

M. Night Shyamalan, déjà affilié quelques années auparavant à la sympathique Wayward Pines, jouissif mélange référentiel porté par le génial Matt Dillon, annonçait donc secrètement son retour au format sériel avec l’énigmatique Servant, série chargée de porter toute seule comme une grande le catalogue maigrichon d’Apple TV. Servant est d’ailleurs avant tout la création de Tony Basgallop, dont c’est la première œuvre complète. En regardant ses trois premiers épisodes, on comprend très vite pourquoi le réalisateur de The Village et Split est allé s’engouffrer dans un tel projet et en signer le premier et l’ultime épisode de sa première saison (qui verra bien une suite l’année prochaine, hourra!).

Servant fait le récit d’un couple meurtri par le décès récent d’un bébé. Afin d’en accepter l’horrible perte, la famille a décidé d’accueillir une poupée très réaliste (et surtout très flippante), à des fins thérapeutiques. Malheureusement, la mère, Dorothy, semble avoir aggravée son cas et vit depuis dans le déni, pensant que son enfant est toujours en vie par l’intermédiaire de la poupée. Dans la ligne directe de son délire, le mari se résigne à faire appel à une nounou afin de s’occuper de la poupée. Toutefois, la jeune femme se montre tout aussi étrange et semble détenir un passé mystérieux, lorgnant avec le surnaturel.

Toute la grandeur de Servant réside dans son écriture, jouant avec le doute sur la nature des évènements propre à Shyamalan (où se situe la frontière entre le réel et le fantastique?), et dans sa mise en scène virtuose, alternant gros plans, plans fixes à la grande profondeur de champ, et plans en mouvement. Un étalage d’effets qui n’a pas pour but d’épater la galerie mais de donner une impression labyrinthique et cauchemardesque à cette immense maison Philadelphienne qui, jusque là, renferme l’entièreté du récit et de ses actions. En effet, l’extérieur, si on l’entrevoit, nous sera constamment dérobé, renforçant le caractère irréel de l’intrigue. Le délire semble contaminer l’intégralité de la maison, et seul le père semble clairvoyant, même si le doute n’est jamais loin. 

Ou bien est-il le seul à avoir tort? Seuls les sept prochains épisodes nous le diront. Le choix d’avoir limité leur durée à une trentaine de minutes est d’ailleurs fructueux. On s’ennuie rarement, et la série semble ne présenter aucune faille. Shyamalan termine bien la décennie de son grand retour en beauté. Merci à lui.

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