[SERMONS DE MINUIT] Nouvelle série Netflix de Mike Flanaghan, Post Tenebras Lux

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Après The Haunting of Bly Manor, le réalisateur Mike Flanagan est déjà de retour sur Netflix avec une nouvelle série: Sermons de minuit (Midnight Mass). C’est ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées (et aller beaucoup plus vite que ceux rechignant à travailler sur la plateforme).

Un amour c’est grand, c’est beau, c’est fort. Et ça peut vous terrasser aussi. On connaît à juste titre celui immense du réalisateur Mike Flanagan pour Stephen King: un amour qui lui a permis de réussir par exemple Jessie, l’adaptation casse-gueule du plus casse-gueule des romans de l’écrivain du Maine. Mais aussi de signer un très beau Doctor Sleep, qui partait lui aussi sur des bases viciés (une suite à Shining? S’en fout…). Ou d’appliquer la structure de IT sur son splendide The Haunting of Hill House. Et puis il y a un moment donné où cette passion incendiaire fait son retour de flamme: c’est ce qui arrive justement sur Midnight Mass, sa nouvelle mini-série pour Netflix teasée dans la surprise la plus totale alors que l’on s’attendait, naïvement, à une nouvelle histoire de maison hantée.

En tout cas, le show confirme que les villages reculés/isolés côtiers sont devenus prisés sur le petit écran: après Marianne, The Third Day et tout récemment American Horror Story: Red Tide, la tendance est clairement à l’air marin. Toujours mieux que les croûtes pavillonnaires qu’on se farcit depuis quarante ans, dira-t-on. Car c’est sur un tout petit brin d’île que se situe l’action du show, faisant revenir un startupiste déchu de son séjour en prison dans sa triste famille. Alors qu’un nouveau prêtre arrive au même moment dans le village, d’étranges événements font leur apparition: animaux morts, silhouettes inquiétantes et miracles sont au menu.

Pour en revenir au King des King, on aperçoit justement dans la chambre d’un des personnages principaux, et ceci dès les premières minutes, une pile de livres de l’écrivain. Ce qui part d’un easter egg vaguement amusant va aller bien au delà: la vision de cette micro-société renversée sens dessus dessous par l’arrivée d’un inconnu soi-disant bienveillant, et qui mènera les habitants sur les rives de l’apocalypse, convoque ni plus ni plus moins que les intrigues de Bazaar et de Salem’s Lot. Et SURTOUT de Salem’s Lot, dont la nouvelle adaptation a échoué récemment à cette endive de Gary Dauberman. Un des chefs-d’oeuvre de King dont l’illustration télévisuelle et cinématographique a toujours engendré des avatars timides (le téléfilm de Tobe Hooper) ou médiocres (la version de 2004, oubliée dès sa diffusion). Un roman maudit qu’on aurait bien vu porté par ce filou de Mike Flanagan, sans doute lui aussi très frustré d’avoir été doublé par le scénariste de Annabelle. Ce qui explique, mais cela reste pure spéculation, que Midnight Mass est une probable revanche.

On y retrouve aussi une des figures récurrentes kingiennes, soit la fofolle de Dieu sournoise, qui galvanise les foules en arrière-fond et sert ses mauvaises intentions au nom de dieu: le personnage de Samantha Sloyan (détestable, et donc parfaite) se relève très vite une descendante voyante de Margaret White (la maman de Carrie) ou de Miss Carmody (la barjo de The Mist). Pas de quoi hurler au scandale mais il faut avouer qu’on est parfois loin de l’état de grâce du diptyque Haunting of: ambiance peu portée sur l’effroi, personnages bien moins attachants allant de pair avec un casting inégal (l’absence de charisme de Zach Gilford ou de Hamish Linklater résonne lourdement) et surtout une tendance à des monologues pompiers (accouplés à des plans-séquences pour faire bien) qui perdent parfois plus le spectateur qu’ils ne l’émeuvent. Difficile également d’aborder l’aspect fantastique sans en effleurer les rouages (on en a déjà beaucoup trop dit), s’auto-sabordant parfois lui-même (1/3 du casting couvert de latex), et jouant la carte du slow-burn pour aboutir à des motifs horrifiques rebattus.

Ce qu’il en reste, avant tout, c’est bien sûr la métaphore sur la foi dont s’empare Flanagan. A savoir quand les meilleures intentions deviennent révélatrices du chaos. Une chanson bien connue. Malgré les nombreuses réserves, on ne niera pas l’étrange inconfort de certaines images (le cliffhanger désespéré de l’épisode 5 ou la séquence de la fameuse messe de minuit) et la beauté crépusculaire de son final, bien plus réussi que les conclusions mièvres des deux précédents shows. Même quand il déçoit (un peu), Flanagan fait mieux que les autres. Mais quitte à rendre hommage à Stephen King, on espère qu’il aura plutôt l’occasion de l’adapter à nouveau… ou de lui lâcher un peu le col. J.M.

Sermons de minuit (Midnight Mass) de Mike Flanagan est disponible sur Netflix.

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