Qu’est ce qu’il était bavard le cinéma queer allemand des années 70, tout en étant très transgressif, très frondeur, très «tout». Parmi les têtes couronnés de ce royaume chaos, certes pas réellement soudées mais traversées par des idéaux et une esthétique commune, on pouvait y croiser Fassbinder, Werner Schroeter, Rosa von Praunheim, Ultike Ottinger ou encore Lothar Lambert. Mais au tournant des années 80, la nouvelle génération, mue par un tout autre état d’esprit, peine à émerger. Encore à cheval avec ce bataillon chaos, le couple Elfi Mikesch/Monika Treut leur emboîte le pas avec Verführung: Die grausame Frau, où le jus esthétisant de cette vague queer suinte encore le long des images fort bien léchées. Un attachement visuel dû sans aucun doute à la présence de Elfi Mikesch, à l’origine chef-opératrice qui travaillera plus tard sur le Malina de Schroeter. De son côté, Monika Treut se détachera progressivement de cet univers très théâtral pour des œuvres plus abrasives, telles que Virgin Machine ou Female Misbehavior, et dont le regard lesbien comptera beaucoup pour le cinéma LGBT made in germany.. Sans chercher la tragédie, Treut & Mikesch explorent la vie privée d’une dominatrice, la «Grausame frau» du titre, l’implacable Wanda.

Vite fait, on pense au Maîtresse de Barbet Schroeder mais sans la crudité documentaire, sans le besoin de tout montrer, sans le besoin résolu de choquer. Mais puisque nous parlons de vie privée, celle de Wanda se confond sans complexe, mais non sans difficulté, avec sa bulle BDSM: dans un grand bâtiment, elle mène ses esclaves par le bout de la cravache, entretient ses rapports de domination ou fait entrer de nouvelles recrues comme la bien nommée Justine, ancienne amante pas tout à fait à sa place. Hors les murs, elle vit une liaison orageuse avec une vendeuse de chaussures entourée de talons aiguilles fort piquants. Loin d’être didactique comme le british Preaching to the peverted, Seduction – La femme cruelle avance à pas de loups et laisse son spectateur prendre ses marques dans cet univers où le jeu et le réel semblent constamment se confondre, à tel point que la différence entre les interactions quotidiennes, les scènes de soumissions, les fantasmes de chacun et les show bdsm se dissout d’une scène à une autre. Machiavélique et superbe, Mechthild Grossmann en impose en domina aux tétons sombres, transformant à l’occasion un journaliste en raclure de bidet et voyant son pacte avec un soumis prendre l’eau petit à petit. Avec ses yeux touchant le fond de la piscine, Udo Kier fait un maso mélancolique parfait, vivant un martyr amoureux qui le mènera bien évidemment à sa perte. Preuve qu’un contrat BDSM, bien que théoriquement très contrôlé, n’échappe pas toujours aux aléas des passions. Dans une une ultime mise en scène baroque (cheval blanc, leather daddies en cage et décadence pseudo-romaine), la maîtresse de cérémonie gardera le pouvoir, le rire en fond de gorge et la main ensanglantée par celui qui a vu la souffrance du coeur prendre la place sur celle du corps.

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