Co-réalisé avec Paul Humfress, Sebastiane est le premier long métrage de Derek Jarman, cinéaste britannique plus punk tu meurs qui, dès son coup d’essai, disait franchement où allaient ses désirs et s’asseyait sur la bienséance de la société anglaise.

PAR PAIMON FOX

Au IVe siècle ap. J.-C., Sebastiane est membre de la garde personnelle de l’Empereur DioclĂ©tien. Quand il essaye d’intervenir pour arrĂŞter une exĂ©cution, il est dĂ©gradĂ© puis exilĂ© dans une garnison Ă©loignĂ©e dans un lieu dĂ©sertique oĂą les soldats se consument d’ennui et de dĂ©sir.

On apprend, dès le dĂ©but, que pour le vingtième anniversaire de son règne, l’Empereur DioclĂ©tien dĂ©cide de persĂ©cuter les ChrĂ©tiens. Parce qu’il a refusĂ© de cĂ©der aux avances de ses supĂ©rieurs, SĂ©bastiane, sorte de Christ charismatique, soldat de l’armĂ©e romaine et cristallisation de tous les fantasmes, subit un supplice mortel. PassionnĂ© par l’iconographie et es peintres de la Renaissance (le corps du saint martyr percĂ© de flèches), Derek Jarman, corĂ©alisateur avec Paul Humfress, agit comme esthète du corps masculin, qualifiant son film comme «homoĂ©rotique dans sa structure mĂŞme». Il est restĂ© fidèle au rĂ©cit canonique pour proposer sa relecture sexuĂ©e de la vie du martyr Saint-SĂ©bastien en mĂ©langeant le mythe et le fantasme, Eros et Thanatos.

Prenant le pouls des annĂ©es 70, pĂ©riode dominĂ©e par la rage crĂ©atrice et la libertĂ© sexuelle, Sebastiane n’aurait certainement jamais vu le jour dans une autre dĂ©cennie. Loin d’une reconstitution fastueuse de l’Empire Romain, le film prĂ©fère le dĂ©sert affectif, les dĂ©cors fantomatiques, les figures du passĂ© paumĂ©es dans un no man’s land.

On pense bien sĂ»r Ă  Fellini pĂ©riode Satyricon pour la farce lubrique et grotesque, Kenneth Anger dont il deviendra le disciple douĂ© et surtout Ken Russell, avec lequel il a travaillĂ© sur Les Diables – dans la conception des dĂ©cors et Ă  Federico Fellini pĂ©riode Satyricon pour la tension sexuelle. Certaines scènes de sauvagerie pure restent marquantes par leur intensitĂ©. En plus, les dialogues intĂ©gralement en latin, prononcĂ©s avec un accent anglais, contribuent au dĂ©paysement. C’est des annĂ©es avant The Garden (1990) oĂą la vie de JĂ©sus est rapportĂ©e Ă  une histoire d’homosexualitĂ© transcendĂ©e.

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