Inédit dans l’Hexagone, Daniel isn’t real, le deuxième long-métrage du réalisateur américain Adam Egypt Mortimer, mérite des éloges et votre attention, selon notre Geoffroy bien décidé à le défendre envers et contre tous. C’est la défense d’un film passé sous le radar. C’est l’heure de la séance rattrapage

Alors qu’il fuit une énième crise parentale, le petit Luke rencontre son meilleur ami non loin d’une scène de crime abominable qui vient d’avoir lieu dans un restaurant à deux pâtés de maison. Son comparse bien peigné a le même âge que lui et s’appelle Daniel. En un éclair les bambins deviennent inséparables, jusqu’à ce que Daniel fasse une grosse bêtise, qui contraint Luke à l’enfermer dans une maison de poupée. Car au fait, Daniel n’existe pas. En partant de là, Daniel Isn’t Real pourrait s’offrir comme un teen-movie revanchard, s’il n’allait se précipiter dans les escaliers conduisant au sous-sol schizoïde paranoïaque d’entrée de jeu.

Lorsqu’une fois adulte, marginal et délavé, Luke retombe sur Daniel, c’est un jeune homme fringuant qui se tient face à lui. Ce double compensatoire prend chair sous les traits de Patrick Arnold Shriver Schwarzneggger, dont le patronyme nous renseigne qu’il passe ses vacances à Aspen et qu’il est définitivement le fils de le plus fils de, depuis au moins Riley Keough. Carrément. Puisqu’en plus d’avoir Gouvernator pour papa, il a une descendante des Kennedy comme maman (ça flaire bon le futur candidat aux présidentielles de l’enfer 2024 tout ça, vous viendrez pas dire que je vous avais pas prévenu). [Fortement préoccupé par ce croisement trop parfait, je suis allé me pencher sur le cas de mama Shivers, qui s’est révélée être l’auteure d’une série de livres faisant étrangement écho au titre du film qui nous intéresse ici; Ten Things I Wish I’d Known– Before I Went Out Into the Real World, What’s wrong with Timmy? et mon préféré: What’s Heaven? La parenthèse close, on ne pourra pas ne pas se retourner dans notre lit sans penser au contenu de ces ouvrages et l’effet qu’ils auront pu avoir sur Patrick.]

Ainsi, non content d’être un personnage de Bret Easton Ellis période Glamorama dans la vie réelle, Patrick incarne ici l’ami imaginaire d’un garçon perturbé. Et en le voyant plisser le front, affichant un sourire factice de hyène priapique aussi glacial qu’un Emmanuel Macron dans les bons jours, tandis qu’il encourage son hôte à accomplir des actes de moins en moins funky, on se demande si Luke ne devrait pas chercher un meilleur terme qu’ami pour définir son pervers narcissique imaginaire. Le tour de passe-passe visant à jongler entre pathologie mentale, dépression scolaire et possession démoniaque fonctionne sans qu’on s’explique vraiment comment alors qu’on s’est déjà farci le truc quelques fois.

L’impression d’être au milieu de cette auto-relation profondément angoissante devient possible grâce à l’atmosphère incestueuse de la maison familiale au sein de laquelle zone une mère maniaco-maniaque, qui ausculte et dissèque les pages des livres pour en déchiffrer le sens caché. Daniel sort Luke de son inaction, mais sa façon d’agir découle d’une logique du pire, une mise en œuvre de ce que Luke n’oserait pas même commencer à penser, pour mettre un terme à sa détresse. De la même manière que Luke se verra peu à peu consumé par son archange, ici il est difficile de discerner qui tient le premier du second rôle. Le troisième personnage féminin, joliment borderline, viendra à peine masquer l’homoérotisme sous-jacent du film. Mais on n’ira pas se plaindre, car quoi de mieux que la sublimation d’un désir sexuel pour déclencher une bonne vieille psychose?

L’intrigue de Daniel Isn’t Real, tirée du premier roman de Brian Deleeuw, réemploie les ficelles d’un Stephen King qui lorgnerait sur Clive Barker, tout en maintenant ses distances avec une résolution plan-plan à la Doctor Sleep et ce grâce à son pessimisme manifeste. La solitude du héros sera son sauveur, sa némésis et sa délivrance, changeant de forme pour l’emmener aussi bien en haut qu’en bas, jusqu’à ce que le baromètre ne cède pour qu’advienne un inéluctable plat. Triste mais apaisé.

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