Dans les années 70, un couple libéré amène un autre couple dans l’expérimentation de la bisexualité et du sexe en groupe. Chaud chaud chaud, mon chaos!

PAR JEREMIE MARCHETTI

Dès la démocratisation d’un cinéma de plus en plus sexy, Radley Metzger s’est fait une joie d’apporter sa pierre à l’édifice du softcore avec des titres comme Camilla 2000, Therese & Isabelle ou The Lickerish Quartet. Avant le grand plongeon dans le porno, c’est son Score qui fera office d’intermédiaire tout en douceur: en adaptant une pièce de Broadway, Metzger y célèbre le libertinage avec un récit minimaliste au possible, dont l’existence semble entièrement vouée à la célébration des sens. Il faut croire, pourtant, que cette simplicité et ce sentiment d’être à mi-chemin entre le softcore et le porno n’ont malheureusement pas rameuté les spectateurs dans les salles à l’époque. Il faudra donc mettre les bouchées doubles à l’avenir. Mais de cet entre deux, Score en tire un film incroyablement pétillant, et très important quant à sa place dans l’âge d’or du X, tant il pourrait se proclamer comme un des rares films foncièrement bisexuels.

D’ordinaire, les scènes saphiques, devenues vite indispensables dans le cahier des charges, n’ont pas été pensées comme des saillies progressistes, mais davantage comme un fantasme purement hétérosexuel: celui de la fille ultra-féminine et versatile, capable de se glisser dans le lit de ses meilleures amies pour ensuite mieux revenir vers monsieur. A l’inverse, ce même rapport au masculin est inexistant dans le cinéma X, hormis de très rares exemples (la fellation du domestique dans Story of Joanna, et les scènes de pegging dans The Opening of Misty Beethoven ou Alpha Blue), histoire de ne pas choquer ces bons messieurs, premier public ciblé au rayon fesses. Score lui, fracasse ce sempiternel cliché: un couple de libertins, Elvira et Jack, passent leurs week-end à séduire d’autres couples, parfois sans effort, souvent avec beaucoup de déceptions à l’arrivée. Lorsqu’ils tombent sur un couple de jeunots naïfs, c’est le moment pour eux de jouir à nouveau et d’exploser justement leur score. Là où le porno traditionnel exigeraient une répartition classique (Elvira choisirait le marié blondinet, et Jack la petite oie blanche), le film de Radley Metzger inverse la tendance. Ce sont par ailleurs les comédiens Gerald Grant et Casey Donovan (vu dans Boys in the Sand) qui auront droit à des scènes sexuellement explicites, à l’inverse de leur partenaires féminines (dont Lynn Lowry, qu’on reverra dans Frissons).

Infusé dans une utopie solaire fort bien servie par le savoir-faire de Metzger (photo moelleuse et comédiens très convaincants) tout se déroule comme un conte idyllique pour adulte, où tout est plaisir, masques, plombier viril et couvertures à poils longs. On sent encore la petite fumée de joint, on guette les cadrages renversés et les plans psyché, les envies qui montent. Zéro culpabilité, que de possibilités, de ravissements. Une bulle sans complexe ni morgue, qui fait du bien à l’heure des étiquettes et des coups de griffes.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici