On ne s’est toujours pas remis de San Junipero. Bip. Non toujours pas.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Non, on ne s’est pas remis de sa fraĂźcheur, de ses doubles sens. On ne s’est pas remis de ce qu’on ressentait et voyait Ă  San Junipero, le plus beau des paradis artificiels. On ne s’est pas remis de ce qu’on y entendait non plus. Rappelez-vous, qu’est ce qui frappait autant dĂšs les premiĂšres images de San Junipero? Avant ses actrices, avant tout? Ses dĂ©cors, son Ă©poque (inhabituelle pour un Ă©pisode de Black Mirror), mais surtout sa musique. Sans elle, on ose dire que 40% (allez, 50) de San Junipero ne serait pas San Junipero. CarrĂ©ment. Follement.

C’était l’annĂ©e 1987, et Belinda Carlisle cartonnait dans les charts amĂ©ricains. En France, on est plutĂŽt «Belinda qui?» «Hiveune quoi?». Du coup on s’imagine l’impact, sans aucun doute diffĂ©rent, du choix de ce tube au-delĂ  des mers ou dans les pays anglo-saxons. Dans les premiĂšres secondes, on entend donc Heaven is place on earth discrĂštement dans un auto-radio, et cette chanson reviendra, salvatrice, galopante, dans un gĂ©nĂ©rique de fin que tout le monde a revu 10 fois avec son mouchoir (au moins). On parie que la chanson est dĂ©jĂ  redevenue culte et que la Belinda a vu les plates-formes de tĂ©lĂ©chargement faire ding-ding sans rien comprendre.

On ne sĂ©pare pas un souvenir des 80’s de sa musique: tout se passe dans une boĂźte, et c’est logique, typique. Une idĂ©e parfaite pour canaliser tout l’esprit de la dĂ©cennie: la fĂȘte, l’excentricitĂ©, le fun, les nĂ©ons, les looks qui en font trop. Comme si tout Ă©tait possible. La vision des 90’s, plus grises, et les annĂ©es 2000, carrĂ©ment laides, creusent un peu plus la comparaison: les 80’s forment une bulle parfaite et San Junipero le sait.

Dans la scĂšne la plus irrĂ©sistible de l’épisode, Yorkie essaye de trouver la tenue de rĂȘve dans un mini-montage entrecoupĂ© de quatre chansons (Ă©videmment Ă©coutĂ©e sur cassette): au delĂ  de la beautĂ© mallĂ©able et fascinante de Mackenzie Davis, le geste est drĂŽle et Ă©mouvant, aussi grĂące au choix des chansons, qui murmurent l’histoire et les dĂ©sirs du couple vedette.

Addicted to Love, Don’t forget about me ou Heart & Soul («You never let me cross to the other side now, I’m tied to the hope that you will somehow»); le must Ă©tant Girlfriend in a Coma dont l’utilisation trouvera un Ă©cho bouleversant (sans qu’on ne le sache, Ă©videmment, Ă  la premiĂšre vision). Groupie sexy, ado en fleur (reprenant le look d’Amy Irving dans Breakfast Club, Simple Minds oblige) ou femme fatale (alors le mĂȘme look que les figurantes dans le clip de Robert Palmer), Yorkie restera finalement elle-mĂȘme, concluant sur le catchy Whishing Well. De l’autre cĂŽtĂ© des tubes, c’est Clint Mansell – surprise – qui s’occupe du reste de la b.o, planante et vaporeuse Ă  souhait, comme un parfum de Tangerine Dream. C’est dire s’il avait compris Ă  tout l’esprit de l’épisode


Un tweet plus loin, on apprend que la b.o prĂ©vue Ă©tait alors encore plus monstrueuse et dense, mais raccourcie faute de droits (ce qui voudrait dire
un Ă©pisode plus long?). Charlie Brooker s’est alors empressĂ© de partager une playlist oĂč l’on croise Open your heart, Xanadu, You Keep me Hanging’on, Relax ou encore Depeche Mode, les Fugees ou Public Enemy. Évidemment on souffre, on trĂ©pigne, on imagine. On en veut plus. On veut retourner Ă  San Junipero.

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