Rien ne dépasse sur le cv de Rossano Brazzi, acteur populaire italien tiré à quatre épingles, l’italian lover par excellence, le genre que pourrait presque envier Hollywood. Même son passage à la réalisation au cours des années 60 ne s’écarte pas du trop du sentier du cinéma de quartier qui fait craquer le pop corn sous la dent, entre comédie au pied du sapin (Il Natale che quasi non fu) et vague parodie hitchockienne (Sette uomini e un cervello). Et puis soudain surgit Salvare la Faccia, qui semble définitivement capter l’air enfumé de son temps: c’est une bombe à retardement en mini-jupe, un giallo qui se serait parfumé aux pavés de Mai 68. La prouesse d’un sexy thriller doublé d’un grand film politique dont la méchanceté fait encore sauter du fauteuil.

Brazzi va jusqu’à s’octroyer le mauvais rôle, celui d’un industriel richissime qui protège une réputation plus proche du cristal que du béton. Lorsque sa fille est surprise par des paparazzi durant ses ébats, les premières fêlures apparaissent: il faut se tenir droit, ne pas se compromettre, ne surtout pas faire croire que sa chère et tendre est une petite traînée qui déambule aux mauvais endroits au mauvais moment. Il faut, comme le sous-entend le titre, salvare la faccia, soit se sauver la face, quitte à sacrifier les siens.

Déjà bousculée par la situation et trahie par son amant (le méga beau gosse Nino Castelnuovo, très loin du garage des Parapluies de Cherbourg), Licia, la jeune fille sans histoires qu’on veut faire passer pour une putain, devra passer pour folle pour réparer l’affront. Dans un montage alterné sublime, un peu tendance Nicolas Roeg avant l’heure, des images de la belle rongeant son frein en silence, se mêlent à des flash-forwards l’enfermant dans une prison couleur aspirine alors que le clavecin entêtant de Benedetto Ghilia martèle la bande son. Claquemurée dans un asile psychiatrique, elle en reviendra plus exubérante encore, mais surtout ivre de vengeance. Sauf que le salaud, ce n’est pas l’inconnu au bout de la rue, ce n’est pas l’étranger, ce sont ceux qui occupent le même toit qu’elle.

Canonisée la même année chez Fulci dans Liens d’amour et de sang, Adrienne La Russa ressemble à ce que toutes les filles voulaient être dans les années baby pop: une garde robe à faire pâlir Twiggy, une silhouette de fée, de longs cheveux bruns, des yeux de biches. Sublime et facétieuse, l’actrice joue de son attitude de poupée de podium pour en faire une arme insoupçonnable, comme une sorte de Jigsaw flower-power. Elle tisse les jalousies comme les pièges, joue avec l’électricité et avec la poudre, et elle danse parce qu’elle s’en fout, parce qu’elle sait tout. Sixties jusqu’au bout de son vernis, Salvare la faccia n’a pourtant pris aucune ride sur le papier, et surtout pas à misoland.

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