Depuis le début, Clive Barker ressemble à un alchimiste; ce qui lui a valu une réputation de polémiste du fantastique, capable du meilleur lorsqu’il est en pleine possession de ses moyens. Ça lui est d‘ailleurs arrivé plus souvent en tant qu’écrivain, domaine dans lequel il jouit d’une totale liberté d’expression qu’en tant que cinéaste: les studios ont cherché à policer son attirance pour la déviance morale et physique. Son univers, proche de la dark fantasy, est nourri de symboles, de mutations, de biologie, de croyance moderne, de merveilleux, de macabre, de grotesque. Barker construisait déjà les bases de cette mythologie à l’âge de 14 ans, en rédigeant sa première nouvelle: The Wood in the Hill, en 1966, à partir d’images issues de ses rêves. A l’époque, il ne jurait que par Christopher Marlowe, William Blake, Edgar Allan Poe. Lorsqu’il entre à l’Université de Liverpool pour étudier la littérature anglaise et la philosophie, l’artiste profite de son temps libre pour écrire des pièces de théâtre horrifiques dont les titres traduisent ses obsessions: The History of the Devil; Frankenstein in Love; The Secret Life of the Cartoons ou encore Colossus.

Avec une énergie et une soif d’apprendre qui ne le quittera jamais, Clive Barker rebondit dans différents registres, à commencer par le cinéma. Précoce, Barker tourne à l’âge de 18 ans son premier court métrage, Salomé, inspiré de la tragédie d’Oscar Wilde. Le second, The Forbidden, également tourné en noir et blanc, parcouru par une musique industrielle, décline le mythe de Faust des années avant Hellraiser et rend ouvertement hommage au cinéma underground et expérimental de Kenneth Anger, en particulier à Fireworks et Invocation of my brother Demon, pour l’exhibition des corps et l’homoérotisme. Le symbolisme et la poésie évoquent par ailleurs Jean Cocteau, dont Barker et Anger se revendiquent comme les disciples. Ensemble, ils forment une constellation.

En 1973, Barker revient au théâtre lorsqu’il quitte Liverpool pour Londres. Sur place, il participe à plusieurs troupes et continue de dispenser ses qualités multifonctionnelles, occupant à la fois la place du dramaturge, de l’acteur, du metteur en scène. Lorsqu’il participe au «Dog Company», il rencontre Doug Bradley qui incarnera pour lui le Pinhead de Hellraiser. Parallèlement à ces activités, il vend des dessins érotiques pour les magazines SM, peint et travaille des nouvelles fantastiques. Assemblées les unes aux autres, elles formeront Les livres de Sang (Books of Blood) dont le premier recueil sort au début des années 80, introduit par Stephen King qui dira: «J’ai vu le futur de l’horreur et son nom est Clive Barker». Son univers devient plus accessible tout en conservant sa dimension subversive. On y retrouve un mélange de mal, de souffrance physique et de religion qui correspondait aux turpitudes de l’époque. Ceux qui ont découvert ses courts métrages sous le manteau peuvent y voir le prolongement de ses expérimentations: Barker décortique la chair, la peau, la viande. Ses romans suivants (Le Jeu de la damnation, en 1985 et Le Royaume des Devins, en 1987) découlent de la même inspiration vivace, greffant des mondes imaginaires, de l’érotisme et de la violence exacerbée. Barker témoigne un talent de conteur indéniable, réussissant à rendre limpide et terrifiante une histoire potentiellement complexe. Mais il va apprendre une règle à ses dépens: la littérature n’est pas le cinéma et ce qui passe pour des perles d’insanités avec les mots peut ne pas avoir la même force à l’écran avec des images. Il lui faudra trouver des astuces purement visuelles et suggestives.

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