On savait Ryan Murphy ambitieux, mais pas aventureux au point de swinguer entre sa terre mère et chaîne de prédilection FX et maintenant Netflix, qui a accueilli l’année dernière sa nouvelle série The politician. Et alors que les rumeurs vont bon train (une série spin-off pour American Horror Story et une potentielle saison 3 à Scream Queens, en plus de shows déjà en cours), voilà qu’arrive Hollywood qui serait, du moins comme l’annonce son format de «limited series», une mini-série. Miracle: Ryan Murphy aurait pris conscience de l’existence d’un frein à main plutôt que de gâcher des séries juteuses au premier jour souvent promises à la dégringolade (la saison 2 en demi-teinte de Pose s’en souvient encore tout récemment)? On l’espère.

Il faut avouer que cette excursion dans le Hollywood Babylon aurait pu faire figure de saison 2 à Feud, autre série anthologique mise à l’arrêt depuis 2017, dont le premier acte détaillait la relation conflictuelle et chaotique entre Bette Davis et Joan Crawford. Sauf qu’il y a une petite différence ici: Hollywood romance des faits bien connus, mais assume surtout de n’être que vrai à 70 %. Tout comme Once upon a time in Hollywood, Murphy réécrit le destin des studios: Tarantino voulait réunir l’ancienne garde et la nouvelle génération, le créateur de Nip/Tuck, lui, entend réparer les dommages collatéraux de l’intolérance crasse. En somme, la continuité absolue de son Pose, son très beau feuilleton queer qui hurlait à pleins poumons representation matters.

Un scénariste noir et homosexuel, un réalisateur métisse rêvant aussi bien de faire tourner une comédienne asiatique rejetée du système que sa propre fiancée (également racisée), un beau gosse débutant dans une véritable usine à gigolos, un autre sous la coupe d’un agent aux mains bien trop baladeuses, la femme frustrée d’un patron de studio…tous cachés dans l’ombre et tous vont avoir droit à leur heure de gloire dans le Hollywood de l’après-guerre. Leur but commun? Tourner un biopic mélo sur Peg Entwistle, une starlette déchue qui s’était jetée de désespoir du panneau Hollywood. Défi de taille: s’armer face à une industrie homophobe, raciste et sexiste (la même que celle de maintenant: mais en pire). L’histoire, la vraie, n’aurait épargné personne. Murphy, lui, leur donne un coup de pouce, direction les Oscars.

De prime abord, on est surpris par l’image amidonnée, propre et lumineuse comme de l’argenterie trop lustrée, loin de l’univers infernal décrit par un Kenneth Anger ou du cauchemardesque Le jour du fléau: le sexe est glam, les gens sont beaux, ça brille. Mais au fond, c’est exactement ce que vise Murphy: parler de l’industrie en s’imprégnant de l’âge d’or immaculé de l’époque, l’absence d’aspérité ne faisant que dissimuler des fissures béantes (en citant par exemple les destins contrariés de Anne-May Wong ou de Hattie McDaniel). Pas besoin d’être un as dans l’histoire du cinéma pour savourer le rythme de ce soap quatre étoiles (dont les personnages les plus beaux et les plus touchants sont souvent les plus âgés), même si les amateurs sauront apprécier trier le vrai du faux: c’est justement les éléments les plus hallucinants, tels que la naissance de Rock Hudson, la mainmise sexuelle de Henry Wilson (formidable et pervers Jim Parson, enfin sortie de son personnage de Sheldon dans Big Bang Theory), les orgies de Georges Cukor ou la station sex-service qui se révèlent comme les plus véridiques! Tout ce «et si» paraîtra bien naïf à certains : mais l’envie de moins taper dans la férocité et d’offrir un happy-end aux minorités et aux outcasts, fait beaucoup de bien, surtout au vue d’une actualité de plus en plus zinzin…

NB. Quand elle ne parle pas de son Loulou sur les plateaux télé, Line Renaud parle série sur les Internets, en plaçant bien le @NetflixFR dans ses tweets.

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