Les pĂ©rĂ©grinations de Leroy Wallace alias Horsemouth, un batteur vivant Ă  Kingston. Ses revenus de musicien n’Ă©tant pas suffisants, il s’achète une moto pour vendre des disques aux disquaires de l’Ă®le jusqu’Ă  ce qu’il se la fasse voler. Qui a envie d’une petite Blaxploitation Ă  la sauce jamaĂŻcaine?

En JamaĂŻque, «Rockers» est le nom que l’on donne Ă  l’un des trois sous-genres qui composent le Reggae. C’est aussi le titre de ce film qui cĂ©lèbre cette culture musicale Rastafari sur une Ă®le en crise identitaire cernĂ©e par les bidonvilles, l’exploitation des pauvres et des bĂ©canes qui ne fonctionnent plus. Le meilleur de la weed et de la dread culture au cinĂ©ma, c’est ici, et pas ailleurs. Avec des batteurs de lĂ©gende et une bande-son exceptionnelle. Car, oui, c’est bien connu: sous chaque cinĂ©phile, se cache un mĂ©lomane. L’introduction du Satta Massa Gana par Third World oĂą l’on appelle ouvertement Ă  la rĂ©conciliation entre Blancs et Noirs donne le ton Ă  la fois musical et politique. Au mĂŞme moment, on dĂ©couvre le hĂ©ros Horsemouth qui dĂ©crit sans en avoir l’air une situation sociale peu clĂ©mente (les riches profitent des pauvres engluĂ©s dans une souffrance invivable). C’est ce mĂ©lange de musique et d’esprit rebelle qui va faire tout le sel de ces aventures. Satta Massa Gana, morceau entĂŞtant s’il en est, va poursuivre d’un bout Ă  l’autre. Et ainsi de suite, chaque scène contient sa musicalitĂ©, sa sonoritĂ©, son tempo, ses morceaux phares.

Ce film JamaĂŻcain rĂ©alisĂ© par Ted Bafaloukos, cinĂ©aste grec de son Ă©tat, vaut avant tout pour sa bande-son (gĂ©nialissime) qui permet d’écouter toutes les valeurs confirmĂ©es du reggae de l’époque. Au casting donc, que du bon: Robbie Shakespeare, Big Youth, Burning Spear, Gregory Isaacs, Count Ossie, Tommy Mc Cook, Theophilius Beckford, Jacob Miller, Peter Tosh. Tel quel, il faut prendre comme un enchaĂ®nement de sĂ©quences et de sons qui fait du bien aux yeux et aux oreilles. Et Ă  ce niveau, on pourrait presque regarder Rockers uniquement pour sa musique si les images n’étaient pas aussi dĂ©paysantes, significatives et donc rĂ©vĂ©latrices de l’ambiance d’une Ă©poque faussement svelte. Dramaturgiquement parlant, on suit, pendant moins de deux heures, Leroy “Hoursemouth” Wallace, gĂ©nial batteur du ghetto de Kingston et mĂ©diocre père de famille sans emploi, qui sacrifie ses devoirs conjugaux sur l’autel de sa passion musicale. Malin, il a trouvĂ© le moyen de gagner sa vie en investissant dans une moto (une Honda S90) afin de faire la tournĂ©e des studios, y rĂ©cupĂ©rer des disques et les revendre dans les «sound systems» de l’Ă®le. A cĂ´tĂ©, il assure une participation dans le groupe de Jacob Miller lorsqu’il se produit devant un public de touristes. Bref, tout roule. Le drame surgit le jour oĂą on lui vole sa moto. L’intrigue dĂ©colle enfin et noircit ses cases peace. Notre protagoniste cherche Ă  rĂ©cupĂ©rer sa moto et au fil de son enquĂŞte, dĂ©couvre un trafic d’objets volĂ©s perpĂ©trĂ© par une mafia locale. Pour se rebeller contre une situation inacceptable, il organise un casse avec ses potes. Jusqu’à ce que la fin justifie tous les moyens. RĂ©solution simpliste de happy-end qui n’a strictement aucune importance tant l’attrait majeur du film rĂ©side dans la capacitĂ© du rĂ©alisateur Ă  saisir une ambiance et par la mĂŞme une culture riche.

La vie, c’est donc chanter dans cette variation du Voleur de Bicyclette et de Robin des bois traitée sur le mode de la Blaxploitation Jamaïquaine qui, non, ne s’adresse pas qu’aux amateurs de raggae roots: il est ouvert à tous. Si les noms de Burning Spear, Gregory Isaacs, Big Youth and Jacob Miller ne vous disent rien, Rockers sera un moyen très ludique de découvrir la culture raggae à sa source puisqu’on voit les principaux membres à la fois sur scène (Gregory Isaacs en concert) et dans la vie de tous les jours (Burning Spear qui chante Jah No Dead à cappella, à la cool, en fumant face à la mer). A l’époque, on n’avait pas peur de s’amuser.

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