Sir Alfred Hitchcock avait déjà admirablement porté à l’écran ce roman de Daphne Du Maurier en 1940, voici la version de Ben Wheatley, réalisateur de Kill List, disponible sur Netflix.

Voilà que revient le réalisateur Ben Wheatley, auteur de Kill List et de High Rise, aux commandes d’un long-métrage pour la plateforme Netflix. Le bonhomme étant devenu avec le temps de plus en plus imprévisible dans ses choix artistiques (voir Free Fire), le voir aux commandes d’une nouvelle adaptation/remake de Rebecca ne nous a pas plus surpris que cela! Et c’est pendant la vision du film que ce choix sonnera alors finalement comme une évidence. Nous voici donc à nouveau prêts pour découvrir les secrets qui hantent le domaine de Manderley!

Parfaitement conscient qu’il se frotte à plus gros que lui, Ben Wheatley décide de se rapprocher un peu plus du roman de Daphné du Maurier que du chef-d’œuvre à l’ambiance gothique d’Alfred Hitchcock. Malin, il ne cherche toutefois jamais à éviter ou à contourner cette ombre un brin écrasante. Nous revoici dans la romance entre l’héroïne (Lily James) et Maxim De Winter (Armie Hammer). Le veuf tourmenté s’amourache en un rien de temps de la petite gueuse au service d’une mégère (Ann Dow). Il l’épouse et l’emporte avec lui dans son immense bâtisse où le fantôme de Rebecca, son ex-femme disparue, semble hanter les lieux et les pensées de chacun. L’occasion de faire la connaissance avec toute une galerie de personnages et plus particulièrement avec l’inquiétante Mrs Danvers (Kristin Scott Thomas, bitchy as hell) qui voit d’un drôle d’œil l’arrivée de la jeune sotte qui porte désormais le titre de Lady de Winter.

Très vite, le film surprend de par son esthétique «old school» aussi bien dans sa réalisation que dans la représentation des femmes, en particulier celle de notre héroïne. Soumise, maladroite, pleurnicharde et harnachée à son mari comme une palourde à son rocher, elle campe une embarrassante figure du passé dont le cinéma a usé et abusé des décennies durant sans vergogne. Cependant, rassurez-vous et laissez le temps d’infuser. Rebecca était une grande œuvre sur les apparences, son adaptation made in 2020 fait mine de paraître dépassée de 50 ans pour dévoiler progressivement son propos.

Ainsi, retrouve-t-on cette fascination qu’a le réalisateur pour des personnages dont l’être profond se dissimule derrière un paraître simplet, inquiétant et/ou malicieux pour mieux jouer et abuser de la confiance des autres protagonistes tout autant que du spectateur. Revoyez Kill List ou Touristes et son couple de beaufs tarés pour vous en convaincre. D’ailleurs le réalisateur, loin de renier son passé du côté du film de genre, ne se prive pas pour injecter dans sa mise en scène très sage voire académique des petits soubresauts d’étrangeté çà et là. Que ce soit au travers d’un plan fugace en vue subjective à l’envers, de jeux permanents avec les miroirs ou durant la fameuse scène du bal avec ses masques et convives inquiétants.

Décidément, la plateforme est pleine de surprise et Ben Wheatley aussi. On espère cependant voir revenir rapidement le bonhomme à quelque chose d’un peu moins lisse que cette adaptation certes maîtrisée mais qui manque cruellement d’audace comme de folie. Les récentes visions de Le diable tout le temps ou The Forest of love prouvant que la plateforme peut aussi être un bon allié quand il s’agit de soutenir des cinéastes aux projets bien détraqués.

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