Présenté comme un prequel au Vol au-dessus d’un nid de coucou, Ratched raconte le passé de l’infirmière sadique du film de Milos Forman. La saison 1 de cette dernière création signée Ryan Murphy ne manque pas de folie.

Ça fume toujours à l’usine Ryan Murphy: à peine quelques mois après le sympathique (mais pas plus) Hollywood, Ratched vient planter sa piquouse sur Netflix, le nouveau couvent du papa de Nip/Tuck. Concept: une origin-story consacrée à la méchante infirmière Mildred Ratched de Vol au dessus d’un nid de coucou, qui lobotomisait à tout va avec son sourire de requin. Quelqu’un a t-il déjà demandé un truc pareil? Non. Mais on y va quand même. À des lieux, tant chronologiques qu’esthétiques, du classique de Milos Forman, Ratched va faire sa course à la névrose dans l’Amérique d’après-guerre. Cramponnée sur le runway du vice, Sarah Paulson défile en haute-couture comme si demain n’existait pas, chic en Chanel imaginaire: le mensonge en oxygène, la nurse sans bagages infiltre un hôpital psychiatrique venant d’accueillir un jeune serial-killer qui vient de dégommer sans pitié une poignée de prêtres au linge bien sale. Calculatrice, la belle n’est évidemment pas là par hasard et devra faire face à un médecin junkie, une supérieure revêche, une tenancière de motel alcoolo, une jolie poupée aux sombres desseins, un tueur à gages sexy ou à une milliardaire vengeresse et son fils psychopathe.

On pense évidemment à un canevas inversé à celui de American Horror Story: Asylum, une des plus belles réussites de Murphy, où il révélait justement une Paulson enfermée contre son gré pour homosexualité avec un tueur sanguinaire suspecté. Recyclage pourtant effectif: Ratched drague plutôt le cinéma d’Hitchcock, fait péter les couleurs pour en retrouver le Technicolor chatoyant, abandonne les tics parfois clippesques de AHS, fait rugir une partition so Bernard Hermann-esque volontairement envahissante, n’a de yeux que pour des personnages féminins affirmés et pervers… mais tout ça passé à la moulinette trash bien sûr! Derrière le moodboard en sucre glace, Ratched se montre parfois d’une cruauté à la limite du soutenable, avec son lot de lobotomies de fortune, de corps ébouillantés ou de bras arrachés. En bon pd expérimenté, le camp apparaît chez Murphy comme une seconde nature, sniffant sans plus attendre les âmes tourmentées et les mégères stars qui ont donné autrefois leurs lettres de noblesse à Tennessee Williams ou à la hagsploitation.

C’est là, c’est évident: Ratched n’est qu’une énorme excuse pour voir parader de méchantes filles qu’on adore détester, idéalement incarnées par des visages qu’Hollywood n’aurait jamais dû oublier. Sharon Stone, implacable, prouve une fois de plus qu’elle vaut mieux qu’une simple mascotte Afflelou, et que dire de Judy Davis, autrefois héroïne de La route des Indes ou du Festin Nu, parfaite en vieille fille retorse, ou cette bonne cinglée d’Amanda Plummer, couverte de sangsues et de froufrou. On distingue même une trop discrète Rosanna Arquette, dont on repense encore à la cicatrice béante dans Crash. Tout ce beau monde se déchire, se déteste et s’adore bien entendu en secret, toutes monstrueuses et ambivalentes à souhait, puisqu’on connaît bien la formule Murphy depuis le temps. Sur l’autoroute du glamour à mort, les accidents sont hélas vite arrivés: si tout se déroule à merveille, éconduit par une touchante romance lesbienne (ah, la dégustation d’huître comme juicy métaphore), le dernier épisode fait office de brique bien branlante. Concert de remplissages et de deus ex machina discutables, toute l’entreprise dérape sur une note poussive et grotesque, appelant à une saison 2 pleine de promesses chiffonnées. On aura quand même passé un sacré bon moment.

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