Quoi de mieux pour lancer sa plateforme de streaming qu’une série produite et réalisée en partie par Ridley Scott? Avec Raised by Wolves, HBO lance en grande pompes son nouveau bébé, HBO Max, bien qu’il faille attendre 2021 pour avoir accès en France à la nouvelle concurrente de Netflix, Prime Video et Apple TV. En attendant, il sera toutefois possible de découvrir les 10 épisodes de la première saison sur Warner TV dès le 7 décembre.

Raised by Wolves s’ouvre sur l’arrivée de deux androïdes, Mother et Father, sur la planète Kepler-22 b. Ils ont été envoyés sur cette planète non hostile pour l’homme dans l’optique d’élever des enfants humains, nouveaux espoirs de l’humanité après que la Terre a été ravagée par une guerre violente entre, d’un côté, les athées; et, de l’autre, les adorateurs d’une divinité nommée Sol. Malheureusement, la mission tourne au fiasco, et seul un enfant survit après 12 années sur Kepler-22b: le bien nommé Campion. La planète se révèle finalement bien plus hostile qu’elle n’y parait, entre des denrées toxiques, des landes hantées, des créatures humanoïdes et l’arrivée soudaine de colons pro-Sol qui ne voit pas d’un bon œil la présence de Mother et Father, machines formatées par un créateur athée.

Si Raised by Wolves n’est pas directement issu de l’esprit de l’auteur d’Alien et de Blade Runner (la série est l’œuvre d’Aaron Guzikowski, scénariste de Prisoners), on y retrouve la plupart des obsessions de ses derniers films: les créatures, les androïdes et le mythe de Prométhée de Prometheus et Alien Covenant, l’exploration spatiale de Seul sur Mars, les guerres religieuses de Exodus: Gods and Kings, et la noirceur et la misanthropie de Cartel. Raised by Wolves impressionne dès les premières secondes de son pilote par sa direction artistique de luxe, sa photo aussi glaciale et brute que l’est Kepler-22b et son ton épique et métaphysique. Pas de doute, on évolue bien dans un univers cher à Ridley Scott, qui réalise d’ailleurs les deux premiers épisodes – les meilleurs.

La principale force de Raised by Wolves réside dans cette planète aux airs de vaste maison hantée, faisant office de sublime décor à la série. On y retrouve d’ailleurs des bois lugubres, dont on ne s’étonnerait pas d’y voir apparaître une sinistre sorcière. A moins qu’il ne s’agisse de l’ambigüe Mother, dont le prototype de robot est appelé «Nécromancienne». Magistralement interprétée par Amanda Collin, qui en restitue toute la complexité, Mother est aussi émouvante que terrifiante en machine génitrice aux armes de destructions massives – ses yeux pulvérisent les êtres humains en une gerbe de sang et d’organes semblable aux coups de pinceau de Jackson Pollock.

Malheureusement, Raised by Wolves a également les défauts des derniers films de Ridley Scott. Passé cinq épisodes dans lesquels la série aura fasciné et émerveillé, notamment lors des premiers conflits émergents entre les derniers vestiges de l’athéisme et les adorateurs de Sol, cette première saison s’englue dans un récit métaphysique pesant, autour du personnage de Caleb/Marcus. Caleb est un athée qui a subi, avec sa compagne Mary, une chirurgie faciale complète afin d’intégrer l’arche avant son départ pour Kepler-22b. Ils ont pris, après les avoir tué, l’identité d’un ancien général pieux nommé Marcus, et de sa femme Sue. Sur l’arche, comme tous les passagers, ils ont été plongés dans un sommeil artificiel. Toutefois, ils ont pu mener pendant 12 ans une vie mentale avec tous les autres colons par l’intermédiaire d’une simulation. Ils ont fait la connaissance du fils des véritables Marcus et Sue, Paul, pour lequel ils ont au fil du temps ressenti un véritable amour filial. Une fois arrivés à destination, ils ont été séparés de Paul, enlevé par Mother désireuse de reformer une grande famille. Sur Kepler-22b, Caleb connait une véritable crise existentielle. Il entend des voix qu’il pense émaner de Sol, et tombe inévitablement dans la foi, en même temps qu’il se fait élire chef des derniers survivants de l’arche.

Tout l’arc narratif autour de Caleb, sombrant peu à peu dans la folie, déçoit. Le choix de Travis Fimmel pour l’incarner n’y est certainement pas étranger. L’interprète retrouve ici un rôle calqué sur le personnage de Ragnar Lothbrok, le chef viking qu’il jouait dans la série Vikings. Malheureusement, Caleb/Marcus est une pâle copie de Ragnar, et la crise qui l’envahit rend hélas les derniers épisodes de Raised by Wolves ennuyeux, voire agaçant.

Seule lumière au tableau, un ultime épisode centré sur la grossesse inattendue de Mother, qui la voit in fine accoucher d’une créature serpentine et meurtrière à la croissance éclair. Une arche athée fait son apparition, et Mother et Father sont propulsés dans la zone tropicale de Kepler-22b. Une introduction à une saison 2 qui s’annonce encore plus proche du meilleur des derniers films de la saga Alien. En espérant que la série assume davantage son potentiel horrifique.

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