Que vaut le director’s cut de “Midsommar” de Ari Aster?

Désormais disponible dans une édition de luxe, le director’s cut du Midsommar de Ari Aster (2h51) rappelle à quel point on n’a pas fini d’épuiser les beautés et les mystères de cette Palme du chaos 2019.

Gavé jusqu’à l’os de visions miraculeuses et psyché, s’étirant parfois dans la plus diabolique des torpeurs, nous cuisant de bonheur sous un soleil de minuit, l’immense Midsommar (palme du chaos 2019) de Ari Aster semblait nous avoir livré tous ses secrets du haut de ses 2h30. WRONG! Au fil des interviews données au moment de la sortie en salles, Ari Aster a révélé avoir dû réduire son film et sous-entendu qu’une potentielle version plus longue était à l’oeuvre. Rappelons que pour Hérédité, le montage total faisait une heure de plus que les 2h10 de la version que l’on connaît, Aster n’ayant gardé que quelques scènes coupées – pas vraiment folles, soyons francs – pour la sortie vidéo. Une chose est sûre, on ne verra manifestement pas ces quelques miettes perdues en route.

Pour Midsommar, l’annonce du director’s cut ne se fait pas attendre: ce montage est d’abord projeté aux États-Unis en 2019, puis annoncé sous réserve pour la sortie Blu-ray. On susurre aussi que certaines coupes auraient permis au film de ne pas se manger l’impitoyable NC-17… alors que la version salles tient déjà son quota de gros plans gores et de nudité frontale. Bref, il fallait vérifier ça, et à n’importe quel prix. Par rapport à la sortie en salles, la fameuse version director’s cut est plus longue d’une vingtaine de minutes (2H30 versus 2h50 en gros). Et non, les amoureux du film de Ari Aster n’en sauront pas forcément plus sur le sort de cet idiot de Mark, du couple Simon/Connie ou de l’énigmatique Ruben. Dans les grandes lignes, rien ne bouge, et du côté de la soi-disant censure, quelques plans du rite sexuel se sont bien perdus en cours de route mais à vrai dire on se demande pourquoi…

Outre un voyage en voiture rallongé et une scène de repas de bienvenue un poil plus conséquente, le gros bonus de ce director’s cut reste une longue scène nocturne. Après l’épisode traumatisant de la falaise qui a mis les nerfs des touristes à rude épreuve, une autre cérémonie est organisée près d’un étang. Les villageois mettent en scène une sorte de pièce où un garçonnet, couvert de bibelots métalliques, se porte volontaire pour se sacrifier aux divinités en se noyant. Outre Dani, deux autres villageoises empêchent le drame de se dérouler. Mise en scène ou pas, le doute est permis: la scène permet alors de soulever le mystère autour de ce long plan (étonnement conservé dans la version salles) durant la préparation des corps dans le temple, où l’on voyait le cadavre humide d’un très jeune garçon poussé dans une brouette. Cet apport terrifiant suffit à rendre le fonctionnement interne de la communauté beaucoup plus ambigu qu’on ne l’imagine, renforçant l’idée d’une amabilité de façade et de sacrifices non désirés.

Peu après cette scène de rituel, une dispute entre Dani et Christian éclate: la scène pourra paraître anodine mais souligne bien le fait que la jeune femme n’est pas vraiment dupe du malaise ambiant ou de sa situation de couple. Quelques micro-scènes liées à cette dispute, ainsi que quelques lignes de dialogues entre Christian et d’autres personnages (Dani, Josh ou la prêtresse) appuient davantage la toxicité évidente du personnage, qui derrière ces airs de nounours lâche, n’hésite pas à faire preuve de sournoiserie pour faire culpabiliser aussi bien sa petite amie que son collègue. En somme, des confirmations plus que des révélations.

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