Irving Rosenfeld (Christian Bale), Sydney Prosser (Amy Adams) and Richie Dimaso (Bradley Cooper) walk down Lexington Ave. in Columbia Pictures' AMERICAN HUSTLE. 2013 film still

Christian Bale, Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Amy Adams, Jeremy Renner et Robert De Niro forment le casting cinq étoiles de “American Bluff”, le nouveau long métrage de David O. Russell, favori pour la prochaine cérémonie des Oscars. Verdict ?

Un escroc, Irving Rosenfeld et sa complice se retrouvent obligés par un agent du FBI de nager dans les eaux troubles de la mafia pour piéger un homme politique corrompu. La scène d’ouverture d’American Bluff révèle une métamorphose. Celle de Christian Bale, se regardant dans un miroir, bedonnant et dégarni, des années après avoir été le héros squelette de The Machinist (Brad Anderson, 2004). Le corps déformé de cet acteur-caméléon préfigure le thème central du nouveau long métrage de David O. Russell : les faux-semblants.

L’histoire se déroule à la fin des années 70 et reflète une époque, sa culture, son contexte politique comme son désabusement. Sa base, c’est l’affaire Abscam, une opération dans laquelle des escrocs s’étaient alliés au FBI pour déterminer l’identité d’hommes politiques corrompus. Christian Bale et Amy Adams incarnent un couple d’escrocs, Bradley Cooper un agent du FBI. Ensemble, ils forment un ménage à trois dont le traitement évoque ces comédies italiennes des années 60, pourvue d’une profondeur émotionnelle comme chez Ettore Scola (Nous nous sommes tant aimés).

S’inspirant d’une période déterminée où la mafia newyorkaise et le gouvernement collaboraient de concert, David O. Russell invite à voir au-delà des apparences, ce qui se passe derrière les artifices. Derrière la précision du scénario qui prend le temps de détailler les motivations et les rouages, il met l’accent sur tout ce qui est subtil, souterrain, entre les plans et entre les lignes : les liens humains, l’étude de moeurs, les jeux de dupes, la manipulation sentimentale etc. Un peu comme du Marivaux revu par Scorsese, avec un mélange de délicatesse et de cruauté et des dialogues aux petits oignons.

O. Russell obtient le meilleur de ses acteurs. Il les connaît bien pour les avoir déjà dirigés : Amy Adams et Christian Bale dans Fighter; Bradley Cooper, Jennifer Lawrence et Robert de Niro dans Happiness Therapy. Leurs interactions, comme leurs instants de solitude, donnent lieu à des scènes marquantes, certaines réflétant l’intensité érotique entre les personnages d’Amy Adams et Bradley Cooper, à l’instar de cette danse sensuelle dans un club newyorkais.

Robert de Niro fait une apparition auto-parodique, brève mais marquante en parrain de la mafia. Dans un rôle secondaire et pourtant essentiel au bon déroulement de l’opération, Jennifer Lawrence transcende un personnage assez ingrat sur le papier et trop honnête pour masquer ses émotions. Seule réserve : le film est trop gourmand, trop long pour son propre bien (2h10!). Mieux vaut pécher par excès que par défaut.

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