Quand Bernardo Bertolucci citait David Bowie…

0
233

Bernardo Bertolucci, rĂ©alisateur des immenses Le Dernier Tango Ă  Paris, 1900 ou encore La luna, est mort Ă  Rome Ă  l’Ăąge de 77 ans. Une filmographie qu’il a conçue de façon libre, extrĂȘmement dense, volontiers polĂ©mique qui se termine avec le film Io e te, dans lequel il citait ouvertement David Bowie. Pas du tout un hasard.

PAR VIRGINIE APIOU

En 2012, Bernardo Bertolucci parlait de son dernier film Io e te, l’histoire d’un frĂšre et d’une sƓur qui, dans une cave, apprennent Ă  se connaĂźtre alors qu’ils n’ont jamais vĂ©cu ensemble jusqu’à prĂ©sent. Le plus beau moment du film reste sans conteste quand la fille, grande, agitĂ©e, cheveux longs et mobiles, corps oblong, descendante de Dominique Sanda dans Le Conformiste, se lĂšve au son d’une chanson de David Bowie, que, fait rare au cinĂ©ma, le rĂ©alisateur utilise pratiquement dans son intĂ©gralitĂ©. C’est normal, la chanson est immensĂ©ment prenante. Elle obsĂ©dait Bertolucci depuis des annĂ©es: «C’était une chanson que j’ai Ă©coutĂ© pour la premiĂšre fois Ă  Los Angeles en conduisant une dĂ©capotable dans la grande ville en attendant de trouver un titre pour un film pendant des mois et des mois, et je ne le trouvais pas. Alors j’écoutais beaucoup cette chanson sur une cassette qu’un ami m’avait offerte. Le temps est passĂ© et je me suis rappelĂ© de la chanson au moment de tourner la scĂšne. La chanson en italien dit «ragazzo solo, ragazza sola», en français cela veut dire « garçon seul, jeune fille seule ». Ce sont les paroles d’un grand parolier italien qui s’appelle Mogol. Il a pris la chanson de David Bowie et l’a complĂštement changĂ©e. Alors j’aimais beaucoup l’idĂ©e d’avoir une chanson trĂšs romantique mais aussi c’était drĂŽle de l’avoir en italien dans ce moment du film oĂč mes deux jeunes hĂ©ros se reconnaissent et s’autorisent Ă  s’aimer.»

Retrouver Bertolucci Ă©voquant sans dĂ©tour, avec son phrasĂ© toujours prĂ©cis et calme, cette chanson des annĂ©es 70 revĂȘt un caractĂšre particuliĂšrement Ă©mouvant, et mĂȘme parfait. Le grand cinĂ©aste italien, tout comme David Bowie incarna la libertĂ© d’ĂȘtre, de bouger, libertĂ© sexuelle et sociale qui prit naissance Ă  cette pĂ©riode-lĂ . Pour Bertolucci qui ne pouvait plus marcher, utiliser cette chanson fut une maniĂšre de s’échapper, et pour les hĂ©ros de son film de s’envoler.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here