Qui a envie d’une petite plongée dans un club fétichiste underground londonien? Vous, évidemment.

Peut-on manier le SM à la légère sans tomber dans le kinkshaming ou la caricature inconsciente? L’exercice est, il faut croire, très délicat et souvent évité au cinéma, qui préfère user du sujet pour exciter ou faire frémir. Si La secrétaire (Steven Shainberg, 2003) remporte le défi haut la main, on en oublie que son camarade british Preaching to the perverted a eu moins la chance de se faire connaître, manifestement culte dans son pays d’origine et pas du tout ailleurs. Chez nous, le film aura fait une apparition flash en salles, un retard de deux ans à la pelle. A l’heure où les films nineties commencent déjà à souffrir d’une patine désuète, Preaching to the Perverted affiche une modernité tant idéologique que visuelle qui fait un bien fou. Le retour à l’ordre et la morale (le regard toujours plus condescendant sur le corps féminin ou le porno), le malaise intégriste (manif pour tous et consorts) et l’intolérance crasse ne cesse d’hurler aux fenêtres: même si très implantée dans son pays d’origine et donc remplie à la gueule d’idiosyncrasies, l’action de cette sexy comédie trouve un écho frémissant aujourd’hui. Une bonne chose pour ce premier long-métrage d’un réalisateur de télévision, mais une mauvaise pour nous en somme.

Tout tient dans Preaching to the Perverted dans le choc des mondes et des culs: un brave informaticien puceau et catho est envoyé par Scotland Yard pour infiltrer le milieu SM anglais, que la police des mœurs essaye désespérément de faire tomber. C’est bien connu, les pisse-vinaigres adorent emmerder ceux ne vivent pas comme eux… et pour ainsi dire ceux qu’ils ne voient jamais (ils s’emmerdent tellement, les pauvres). Sous le dôme de la décadence, Tanya Cheex (aveuglante Guinevere Turner, véritable main de velours dans un gant de fer) est la dominatrice suprême, dirigeant de nombreux esclaves et animant des fêtes incroyables où sadiques et masochistes trouvent leur Eden. Avec ses allures de baby Tom Hardy, Peter l’enfant de choeur découvre un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence et devra se plier à quelques coutumes pour ne pas se faire griller. Avec une telle structure, on ne peut s’empêcher de penser parfois à l’atroce Pédale Douce (réalisé la même année tiens!) où le pourtant homo Gabriel Aghion précipitait un hétéro en terre inconnue, tout en réduisant le monde lgbt à des bouffons hurlants, ce qui en faisait accessoirement un film bizarrement plus reac que friendly.

Preaching to the Perverted, lui, évite les écueils de la rom’com banale, réussissant même à imposer une fin conventionnelle en apparence, tout en préservant sa subversion dans un numéro d’équilibre sans aucun doute très british. Manifestement bien renseigné, le film dévoile le milieu SM comme nulle autre ne l’avait fait auparavant (peut-être Maîtresse de Barbet Schroeder?), ne se moquant jamais des pratiques et de ses participants, et ne se contentant pas de réduire le bdsm à deux coups de cravaches et de talons: on peut y voir un anneau clitoridien stimulé électroniquement ou des systèmes de piercings et d’attaches complexes, preuve d’une imagination aussi vertigineuse que stimulante. Rare aussi de voir les fondements du BDSM abordés de manière intelligente, repositionnant ainsi les questions de respect, de consentement ou d’inversion des rôles, permettant à de nombreuses femmes d’échapper en partie au système hetero-patriarcal pour jouir d’un pouvoir nouveau. Noyé dans dix mille nuances de rose (il y en a dans tous les plans!), le film assume pleinement l’esthétique baroque du milieu SM, dont les looks parfois hallucinants font encore pétiller la rétine. De l’autre côté de la porte des plaisirs (dont la sonnette grille les mâles non avertis), Scotland Yard est filmé comme un palais de bureaucrates à la gorge sèche, où le chef des opérations s’enfile des vidéos porno en citant Himmler dans le plus grand des calmes. C’est dans ce monde de frustrations et d’avarice que se cachent évidemment les cerveaux les plus endoloris et les plus misérables. Rien n’a changé.

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