Alors que rien ne semblait pouvoir nous sortir de notre torpeur cinématographique actuelle, une monstrueuse édition consacrée au film-monstre Possession de Andrzej Zulawski sort chez Le Chat qui Fume. Pour vous, le Chaos a exploré la chose de fond en comble.

Annoncée depuis l’automne dernier, l’incroyable box consacrée à Possession de Andrzej Zulawski a fait l’effet d’une bombe chez les cinéphiles pas encore emportés par la tornade de la dématérialisation à tout prix. Preuve du respect et de la passion profondément zinzin que provoque encore le chef-d’œuvre de notre Zuzu Chaos. Et osons le dire: c’est diablement rassurant. Sam Neill sur son rocking chair ou sur sa moto de la mort vrombissant à tombeau ouvert, Zaza Adjani roulant dans son vomi et martyrisant un petit rat de l’opéra, un Berlin fracturé et hanté où flottent les chiens morts, l’amant tentaculaire tapis dans l’ombre d’une chambre cramoisi, les corps qui saignent et qui hurlent, yeux bleus, yeux verts: c’est peu dire si Possession reste indépassable, odes à l’amour à mort et à la mort de l’amour dans un climat d’apocalypse imminente. S’il y en a un qui méritait bien une telle édition, c’est bien lui.

Petite explication d’ordre matérielle tout d’abord: la box ne sera pas le seul moyen de découvrir le film. On pense évidemment à ceux qui apprécient l’œuvre sans vouloir alourdir leur étagère (ou leur compte en banque!) : une édition collector «simple» sera également de la partie, comprenant le film en UHD et bluray avec ses bonus et la b.o du film, puis suivra l’édition ne comprenant que les deux galettes bluray (film & bonus). Ceux restés aux dvd devront hélas faire leur deuil (sowy). En France, Possession n’a jamais été grandement choyé sur support numérique: il a fallu attendre au moins 2009 pour voir TF1 sortir le film dans une édition dvd assez chiche au visuel téléfilmesque («passion cinéma» nous dit-on). En 2013, le film sort chez les anglais de Second Sight en HD, avec une édition déjà irréprochable et un master permettant de redécouvrir enfin le film sous un excellent jour, malgré des teintes bleutés parfois curieusement forcées. L’année suivante, les américains de Mondo Vision, gros spécialistes de la filmo de Zuzu, sortent leur édition maousse avec goodies décoratifs et un autre master plus équilibré. On y gagne des sous-titres français, mais l’objet reste coûteux. Si le matou à la cigarette n’allait pas s’y attaquer en France, autant dire que personne n’aurait probablement osé…

Objet massif à l’allure de morceau de marbre orné du visage de Madone d’Adjani, la box révèle deux beaux livrets qui ont largement leur importance ici: d’abord le petit pavé Une histoire orale d’Andrzej Zulawski (disponible également en vente sans le coffret), où deux anciens disciples du chaos François Cau et Matthieu Rostac sont allés courir derrière les survivants de la filmo de Zulawski pour recueillir leur vision de l’homme. Film après film, les anecdotes pleuvent, laissant entrevoir une personnalité odieuse et géniale, au perfectionnisme délirant et d’une intelligence remarquable. Si les fans n’y croiseront guère de témoignage d’Adjani (sans doute jamais complètement remise de l’expérience), on pourra se rassurer avec d’autres récits tout aussi hallucinants. Avec en prime, les nombreux projets avortés du réalisateur, dont un film sur Jeanne d’Arc et une production Cannon avec Dolph Lundgren! L’autre petit morceau, c’est la reproduction du dossier de presse de l’époque, pas si «gadget» que ça, puisque le mélange de photos de productions baignant dans un noir & blanc crapoteux et de citations philosophiques sciemment choisies, donnent une allure particulièrement mystique à l’objet.

Sans surprise, le nouveau master 4K du film est spectaculaire, même si ce sont surtout les yeux les plus aguerris qui guetteront les différences avec les éditions hd anglo-saxonnes. On y retrouve enfin la piste française, certes inférieure à la vo, mais qui méritait bien d’exister à nouveau. Les bonus sont répartis sur deux Blu-ray et il y a de quoi être servi.

Au rayon des suppléments croisés sur l’édition anglaise, on retrouve une excellente featurette sur Basha, l’illustratrice de la mémorable affiche du film; un entretien avec le compositeur Andrzej Korzynski, un commentaire audio (en anglais non sous-titré) de Zulawski et de son biographe Daniel Bird, l’autopsie de l’atroce remontage américain (parfois appelé The night the screaming stops), un petit retour sur les lieux du tournage du film, un court entretien avec le producteur Christian Ferry et la longue featurette De l’autre côté du mur. Attendez, on vous en remet encore un peu. Pour ceux qui adorent écouter feu Zuzu, orateur passionnant, passionné et facétieux, on pourra le voir à l’œuvre avec une excellente interview filmée pour l’édition française de 2009, une master class datant de 2007 et une belle archive de la télé française 80’s, donnant également la parole à Sam Neil et Heinz Bennent.

En ce qui concerne les ajouts inédits, on pourra voir un Q&A accueillant la productrice Marie Laure Reyre et Daniel Bird en octobre dernier, une petite analyse filmique d’une dizaine de minutes, le remontage américain en intégralité (d’une atrocité parfaitement fascinante) et un très bel aperçu de la restauration du film, qui permet d’appréhender un processus captivant et rarement observé. Et c’est justement durant ce déterrage/nettoyage que de minuscules scènes coupées ont pu être découvertes et rendues disponibles: la plupart sont des séquences existantes mais rallongées concernant aussi bien Sam Neill (farfouillant, délirant ou agonisant quelques secondes de plus) que le personnage d’Adjani (dont la visite à l’église ou la transe ont été un tantinet écourtées). Quant aux zouzous de Zuzu, ils seront ravis d’apprendre qu’une édition, certes moins massive mais toute aussi capitale, de L’important c’est d’aimer fera son apparition en fin d’année. Avec bien sûr une toute nouvelle restauration.

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