Dépité par l’échec public de Sorcerer et de Cruising, William Friedkin voit dans l’adaptation du roman autobiographique de Gerry Petievich l’occasion de se refaire. Résultat: un polar baigné de Soleil et de poussière, des courses-poursuites à tombeau ouvert, de l’action sous testostérone. Et bien plus encore…

PAR ALEXIS ROUX

«Si je suis capable d’identifier clairement un gentil et un méchant dans mon film, c’est que j’ai raté mon travail». Tels étaient les mots de William Friedkin lors de sa venue en France l’an passé pour présenter la copie restaurée de Police Fédérale Los Angeles. Résonnant comme un adage qui traverse toute sa filmographie, ce principe «anti-Hitchcock» – qui, lui, ne jurait que par la qualité d’écriture du méchant pour juger un bon scénario – trouve son application la plus forte dans ce long-métrage. D’un côté, Richard Chance (William L. Petersen dans son premier grand rôle), agent du Secret Service casse-cou et impétueux, qui par vengeance va lui-même franchir le strict cadre de la loi. De l’autre, Rick Masters (le reptilien Willem Dafoe), faussaire génial et peintre passionné, objet de la vendetta de Chance depuis qu’il a tué son collègue. Dès le début, les deux hommes, bien qu’opposés sont surtout montrés comme les deux faces d’une même pièce. Le fait qu’ils portent tous deux le même prénom n’est bien sûr pas anodin.

Menée tambour battant, l’intrigue repose donc sur une poursuite haletante dont l’issue ne saurait être que funeste. D’une énergie encore aujourd’hui impressionnante, le long-métrage rejoint French Connection dans sa mise en scène d’un univers cru, sale et violent, où le mouvement effréné et l’imminence de la mort relèvent de la routine quotidienne. Los Angeles n’est finalement qu’un abîme sans fond, la cité des anges déchus qui se consument dans le feu des moteurs. En témoigne cette course-poursuite dantesque (sans aucun doute la plus impressionnante de toute l’œuvre de Friedkin) juste après que Chance et son nouveau collègue Vukovich (John Pankow) aient accidentellement causé la mort d’un homme. Le point de non-retour est franchi, l’anéantissement est au bout de la route.

Car Police Fédérale Los Angeles est un film d’un profond pessimisme, où chaque décision, chaque prise de risque s’inscrit dans une destinée déjà écrite à l’avance. Chance a toujours cherché la mort (cf. la séquence du saut à l’élastique, filmée jusqu’au bout comme un suicide) tandis que Masters s’est pris de fascination pour la destruction par le feu. Le sempiternel questionnement développé par Friedkin sur la frontière poreuse entre le Bien et le Mal trouve ici sa réponse; il n’y a ni bons ni mauvais côtés, il n’y a que des hommes que la ville dévore. À ce titre, la toute dernière séquence du film est particulièrement signifiante. On y voit Vukovich, devenu par la force des choses une copie quasi-parfaite de Chance (même lunettes, même cuir, même regard pénétrant) forcer l’indicatrice et maîtresse de Chance, Ruth (Darlanne Fluegel) à travailler pour lui. En un seul champ-contrechamp, Friedkin appuie cette conception fataliste du monde. Malgré toute sa bonne volonté, Vukovich n’a pu échapper au cynisme morbide de Chance qui l’a finalement contaminé. Le voilà devenu prisonnier de cette ville sans fin, condamné à y vivre et y mourir.

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