“Piège pour Cendrillon” de André Cayatte: une sexy-clouzotterie à voir (enfin) en salle

0
118

Deux ans après sa découverte au Festival Lumière, ce diamant noir du cinéma français regagne enfin les écrans: justice est faite pour ce film (réalisé par un cinéaste-procureur!) qui avait encore été invisibilisé l’an passé à la suite de la fermeture des salles…

Ça se passe ce vendredi 26 novembre aux Trois Luxembourg (Paris), où l’équipe de Revus et Corrigés papotera avec un grand nom du thriller à la française, Jean-Christophe Grangé. Il y sera notamment question de Sébastien Japrisot, dont Piège pour Cendrillon est le deuxième roman, paru en 1963. L’occasion de voir sur grand écran cette bizarrerie tricolore, exhumée des bas-fonds par R&C, la Gaumont et le Festival Lumière, et qui dessine une filiation bien curieuse entre le cinéma de papa et un genre qui s’apprête alors à changer à jamais la face du cinoche européen: le giallo!

Mais pourquoi t’as fait ce film? C’est moi qui devais faire Piège pour Cendrillon! Ce n’est pas un film pour Cayatte!”: avec la bonhomie qui le caractérisait, voilà comment Clouzot trouva à s’adresser à Dany Carrel, star de ce film invisible depuis les années 70, et son blocage par un Japrisot mécontent de l’adaptation (à l’instar du Clouze, le romancier n’était pas connu pour son caractère conciliant). L’histoire d’une machination “diabolique” dont la noirceur rappelle effectivement les motifs préférés d’Henri-Georges, lisez plutôt: Victime d’un incendie, une jeune fille se réveille amnésique dans une clinique. Elle doit réapprendre petit à petit les mots, les idées, la vie. On lui dit qu’elle s’appelle Michèle, l’héritière d’une riche industrielle et que sa cousine Dominique a péri dans l’incendie. Jeanne, sa gouvernante, vient la chercher à la clinique. Bientôt Michèle va découvrir qui elle était vraiment…

Il y sera question de quête d’identité, de passion vénéneuse qui sent le roussi façon Thérèse Raquin, de ballerines qui dépassent du trench-coat, mais aussi de fragments érotiques dingues qui font de ce Piège pour Cendrillon l’un des films furieusement sensuels de nos chères années 60. On notera aussi une certaine tendance misogyne du cinéma français qu’on n’a pas mal vue s’exprimer chez Duvivier et Allégret, où le joli minois cache toujours de viles petites intentions… Geneviève Sellier likes this!

À la photographie, le maître incontesté du Noir à la Française, Armand Thirard, dont les collaborations forment une oeuvre personnelle qu’on associerait bien à une certaine politique des auteurs : le bras armé de Clouzot, Duvivier, Christian-Jacque, Tourneur père, Grémillon, pour ne citer qu’eux. Politique des auteurs qui se fera un plaisir de cabosser Cayatte, dont le travail reste à découvrir aujourd’hui. Reconnaissons quand même qu’on ne l’attendait pas à un tel niveau… Pour vous faire votre avis: coup d’envoi des hostilités à 20h30 ce vendredi. G.R.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici